blablabla, blablabla, bla,

 Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.

Lyon blablablabla.


et des blablas rouges aussi

(des fois).

 

C'est de ma pomme à graines qu'on cause.

Jeudi 8 juin 2006 4 08 /06 /2006 17:33

Demain, je vais chercher les clés de mon nouveau cagibi tout neuf. Quand je me sens l'esprit fun, je l'appelle mon palace-cagibi quatre étoiles. La vérité, c'est qu'il me fait plus penser à une chambre d'hôpital qu'à la suite nuptiale du Ritz. Hier soir, putain de crise d'angoisse quand j'ai pensé qu'il fallait déménager ce week-end : j'ai téléphoné aux potes fournisseurs de la voiture et des bras pour annuler. Peux pas. Bloquée là pof - coincée sur le trottoir, les pieds dans la glu, incapable de faire un pas de plus (vers la séparation, la vraie, dans la réelle dimension de la vraie vie).

Allez, demain, je vais tout de même chercher les clés et poser un sac (un gros sac de voyage blindé de fringues ; dedans j'y ai mis Narcisse mon nounours de ma naissance, ma robe de chambre rouge (celle que m'avait offerte la mère de Jadd à un noël), et plein de jupes). Pasque Quark, ma grenouille, elle reste ici : je la donne à Jadd. (C'est le symbole de quoi, une grenouille ?...)

Dans mon cagibi, paraît qu'il y a un lit, un bureau, une chaise, et une armoire. Que demander de plus ?

Je vais y arriver, oui, je vais y arriver...

Là-bas, je me sentirai quelqu'un d'autre, comme si j'avais changé de cerveau pour quelques semaines ; et j'essaierai de jouer le jeu.

(Les rouleaux de sopalin, je les emmène aussi ; et les dizaines de pots de riz au lait qui me servent de palliatifs vers le grand large.)

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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Dimanche 18 juin 2006 7 18 /06 /2006 20:27

Retour (provisoire) de ma terre étrangère, là-bas, au pays des célibataires. Il y fait parfois humide et parfois chaud (c’est à cause des larmes et à cause de ma fenêtre qui baille). Globalement, je m’en sors – mais je ne sais pas pour aller où (pour patauger dans le pédiluve, tout bleu, tout sale, juste à l’entrée de rien).

Le premier soir, je me suis amusée à jouer à la dînette et à la fille de personne, dans le silence, avec mes accessoires d’existence (un drap, une feuille, une cuillère). Les murs résonnaient et les néons faisaient des auréoles. Ca tapait dans ma tête comme dans un tambour creux. J’ai mangé quatre yaourts.

Le deuxième soir était gris, terriblement boueux. De longues longues larmes qui sont allées courir dans le caniveau. J’étais seule, j’étais morte.

Je serrais Narcisse comme à chaque fois que je pleure trop. Je lui mettais mes lunettes sur le nez pour essayer de me faire rire, mais ça ne me faisait pas rire. Seule avec des centaines de petits graviers coupants dans le corps qui font mal et qui se secouent chaque fois qu’on bouge une pensée.

Le troisième soir, je me suis endormie comme un bébé à huit heures.

Le quatrième, je suis allée au cinéma, toute seule ; et il n’y avait que moi dans toute la salle de projection : jamais vu ça. Un peu impressionnant, un peu rigolo, mais surtout tellement étrange ; puis je suis sortie dans la chaleur moite adhésive de ce mois de juin, le long des rues de Lyon, je suis rentrée à pieds dans mes sandales toujours pleines de la poussière du dehors, en grandes lignes droites sur les boulevards de feux rouges ; je suis arrivée épuisée brûlante et remplie comme je ne l’avais pas été depuis longtemps – de sommeil aussi.

Le cinquième jour j’ai traîné. Je ne savais pas où aller. Je m’asseyais un peu n’importe où pour attendre, je regardais passer les gens. Je pensais dans le vide. Je fixais devant.

Le sixième jour je suis sortie et j’ai bu de la bière. De la Chimay triple pression, et une autre dont je ne souviens plus le nom, brune, forte, avec un goût de biscuit piment. J’ai mangé des frites aussi, avec une grosse palanquée de moules, délicieuses, de l’oignon et d’autres trucs, qui s’engouffraient dans ma bouche, que je bouffais avec les doigts, en parlant fort, et en rigolant encore plus fort.

Aujourd’hui, je me suis sentie triste, et un peu usée. Comme un machin qu’on aurait oublié des semaines dans la mer, et qui serait tout rongé par le sel et les vagues froides.

Je dois repartir dans ma case tout au bout du quadrillage, et j’ai pas envie. Revoir les quatre lignes de ma demeure blanche, le long couloir au bout duquel sont les chiottes (sans PQ), les sons qui me parviennent à travers les portes, mon store mécanique à relever avec la manivelle, la poubelle en plastique.

Ce soir, je n’ai pas envie.

Allez, une semaine encore, et puis une autre, et une autre.

Ma vie d’araignée seule que je bricole heure après heure.

 

 

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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Mardi 20 juin 2006 2 20 /06 /2006 18:46

Aujourd’hui, j’avais envie de tuer des gens.

Trouer leurs joues avec des aiguilles à tricoter,

leur filer des coups de pieds dans les tibias. Super fort.

Salauds !

Connasses surtout, pétasses, pétasses ! Salopes !

Noir noir noir les regards assassins je les aurais déchiquetés et j’aurais pris un malin plaisir, malin, sauvage, détestable, abrupt, vain ; nuages de gasoil puant au goudron de mauvais esprit, une colère à broyer des poings.

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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Dimanche 25 juin 2006 7 25 /06 /2006 10:29

Jadd n’est pas là ce week-end et je réinvestis son appartement – notre ancien appartement à tous les deux. Des morceaux de vie aux yeux globuleux me lorgnent dans tous les coins de meubles, en tapisserie sur les murs notre amour à tous les deux déplié sucé collé pendant six années. Parfois, je fais comme s’il n’était pas là, je regarde ailleurs ; d’autres je plonge en longues apnées dans ce qui n’est pas encore mon passé. C’est tout près, tout proche, c’est encore là, c’est encore moi. Jadd.

Comme je ne pouvais pas dormir, cette nuit, j’ai sorti de la pyramide de cubes qui a poussé derrière le lit le DVD de Kyo qu’on avait eu gratos au Mac do de Marseille. De la musique pour petits frères et petites sœurs, de la musique que j’aurais écoutée en boucle à 14 ans ; des paroles pas très diaboliques mais que j’ai gardées dans ma tête une partie de la nuit, entre deux et cinq. Il disait « elle fait partie de moi ».

Je me le répète comme une potion dont on ne sait pas avec certitude si elle fait du bien ou du mal – il fait partie de moi.

J’ai laissé tous les volets baissés et je me suis baladée dans ma grotte nue comme un ver.

Je suis une femme préhistorique.

A 3 heures 15, je suis descendue manger des tartelettes Bonne Maman. Dans un trou au milieu de la nuit.

J’ai ressenti, à l’intérieur du ventre, comme il était à moi, comme j’étais à lui, comme c’était évident et immédiat pendant toutes ces années. Comme rien ne restait en suspens. Un fait, une pierre, une donnée de l’existence, Jadd et moi. Dans toutes les villes qu’on a traversées, dans chaque branche de jours.

On a beau dire.

 

 

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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Vendredi 15 septembre 2006 5 15 /09 /2006 20:48

Salut zà vous, lectrices, lecteurs, commentateuses-teurs de tous poils, et merci zà vous ;

Comme on [ "on" : un gen proche (singulier de "gens") ] me faisait remarquer que je n'écrivais sur mon blog que les jours de tempêtes, de grands chavirements intérieurs, et que cela laissait l'impression, bruine et brouillard, que j'étais tout mon temps larme à l'oeil, je vous écris, aujourd'hui, pour vous dire que je vais bien - sec, au sec, dans ma maison d'intérieur (dedans ma cage thoracique et dedans le ventre) : lisse de larmes et lisse de peurs.

Dans ma petite maison comme une coquille au sommet de mon cinquième étage, j'ai mis bien fort (trop fort) le dernier disque de Bob Dylan que mon papa m'a envoyé par la poste. Je me trimballe en robe de chambre rouge-père Noël (cette robe de chambre que m'avait offerte la maman de Jadd, un noël de banlieue). Je ferme et j'ouvre mes fenêtres au gré des courants d'air. Demain, grasse mat'. Paisible mer d'eau. Je me passe des diapositives dans ma tête.

J'ai envie.

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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Mardi 19 septembre 2006 2 19 /09 /2006 18:53

Je suis complètement over-stressée, c'est pathologique. Tendus, ramassés en paquets de nerfs, tous mes muscles, mes tendons, le moindre bout de chair, de membrane, les os aussi, saturés, de nerf, de bruit, un vrombissement magnétique insupportable qui monte et qui descend toute la journée. Je dors pas. Jusqu'à trois heures, à peu près, ça va ; puis c'est toutes les demies-heures : je me réveille, j'ouvre mon téléphone portable qui s'allume, je regarde l'heure. Je m'interdis de me lever avant 5h45. Heure de ma chute du lit ce matin. La boule de nerfs saute sur ses pieds. Energie mauvaise, destructrice.

Je fais des avances à un mec qui n'en a pas grand chose à secouer.

Je le rencontre périodiquement dans le métro.

Il me fait la bise. Puis la conversation.

Il m'énerve.

Je voudrais qu'il me drague.

Il ne me drague pas.

Il s'en secoue comme de sa dernière chaussette.

J'ai l'impression de gaspiller mes minutes de temps toute la journée. De ne faire rien. J'ai mal à la tête le soir. Je ne travaille pas. Pas assez. Pas efficace. Pas moral. J'ai l'impression que je n'avance pas, dans mon boulot, et dans ma vie. De ne rien créer. D'avoir vidé mon imagination. De gâcher des perspectives inestimables. De passer à côté.

D'être con.

Je m'en prends aux autres. A lui par exemple. Je le traite de gros mou, de bébé, de grand vide ; je voudrais lui gueuler qu'il fasse quelque chose, qu'il cherche à me plaire, qu'il me surprenne, qu'il me rende vivante, mais il s'en fout. Pas d'intérêt. Pas de papillons.

Il répond pas à mes mails. Ou pas beaucoup.

Je crois qu'il s'en fout. Je crois que je ne lui plais pas.

 

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Lundi 6 novembre 2006 1 06 /11 /2006 20:29

Ce matin dans la grande salle de formation-stage-machin pas de chauffage ; j'avais tellement froid des doigts et de l'échine du dos que j'en ai eu envie de vomir - aucun rapport a priori oui et pourtant ; je fixais un point quelque part loin devant moi entre le mur - blanc - les lunettes tristes du monsieur qui parlait et la mer loin très loin, et je partais, je partais

je partais dans les bras de l'homme au pull rouge -

oui, jeudi, il avait un pull rouge, la fermeture éclair de travers à gauche de son cou, et sa tête par dessus, sa tête que j'empoignerai entre mes deux grosses mains (dégelées ce jour-là) et je lui attraperai le cou tout derrière, et le dos, et les bras ; il a dit l'autre jour l'endomorphine c'est pour endormir la douleur - c'est un truc qui rend gai moi j'ai dit, et il avait fait le marathon en deux heures cinquante huit ; j'ai bu un verre de fanta c'était orange et c'était sucré, ça piquait pas ; lui il s'est assis dans le canapé blanc et moi j'étais par terre et je pliais mes jambes en petits papiers

Hier matin, de la fumée de soupe blanche qui galopait par dessus le Rhône en masse cotonneuse et qui soufflait, qui soufflait, je suis passée par dessus la passerelle, ça mordait le bout des doigts qui devenaient rouges comme du sucre d'orge, l'hiver me grignote en biscuits

l'homme en pull rouge se délie en surimpression sur tous les livres que je lis, toutes les pages que j'essaie de tourner ; je le vois répéter les mots qu'il m'a dits, je le vois quand il me regarde, quand je le regarde

parfois je souris pour rien dans un vide devant moi transidéral c'est parce que je pense

je pense à lui

Et quand il fait nuit noir crabe sombre les lumières de partout brillent je monte le son

stressée comme un paquet de cordes mais la tête en boucle autour de son pull rouge.

 

 

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Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /2007 08:42

Je suis un petit cheveu qui marche tout seul.

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Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /2007 15:30

"Petite Ox", il a dit.
Et moi j'ai grommelé : "Oui, toute petite. Un centimètre trente."

C'était la première fois qu'il voyait comme j'étais petite.
Parce qu'un seau d'eau glacé de tristesse m'était tombé sur la tête d'un coup, au milieu du centre commercial, et personne n'a su dire d'où il venait.
Moi, je savais, la coquille vide, le crâne vide, les mots bradés.
Toute nulle. Comme une petite fourchette de dînette.

Alors lui il a dit "t'es bête."
Il met les mains sur mes cheveux.

Un centimètre trente.

Il a rigolé quand j'ai tendu le cou sans le faire exprès, il a dit que j'avais l'air d'une tortue ; il rigole, moi je souris, je dis "mais pourquoi tu rigoles" - toujours j'ai fait une blague sans m'en rendre compte - et j'imite tous les animaux du quartier - normal, je pense, je suis la bestiole sous la capuche.

Je suis débordée dans mon petit grenier, avec mon bonheur à moudre, mes feuilles à lire dans le sens de rotation, la terre qui tourne et nous dessus, nous, et toute la chance que j'ai d'avoir le monde dans la main.

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /2007 16:24

Je suis hantée par un noyau de culpabilité. Mais je ne veux pas guérir de cette sorte de maladie-là : ma pierre de culpabilité au fond de moi, comme un galet, qui me pèse dans les tripes, c'est ma conscience morale.
Toutes ces petites lâchetés qui m'habitent et me rongent.

Je me souviens de cette nuit, dans le petit appartement de Château-Landon, avec Jadd. C'était au tout début de notre histoire. Je découvrai à peine le monde dans ses yeux. Je lui avais demandé : "Mais alors, qu'est-ce qu'il faut faire ?"
"Ne jamais oublier que c'est la merde."
Voilà ce qu'il m'avait répondu.
La lourde conscience morale de tout ce que j'ai, et de toute la merde autour, de toute l'atroce souffrance, du monde, des êtres.

Jadd et moi, on se ressemble, j'en perçois toute l'obstinée vérité aujourd'hui.
Pas tranquilles. On pourrait le dire comme ça. Tiraillés, entre cet idéal de vertu et d'ascétisme intellectuel, moral, esthétique, de nous-mêmes), et cette étrange langueur, paresse, le ressenti de l'échec éternel auquel nous sommes condamnés, la conscience de notre faiblesse, de mon impuissance, de son insuffisance, de ma permanente crasse, de ses trous noirs.

Ce qui nous distingue, peut-être, au-dessus de ce cactus sur lequel nous tentons en vain de poser nos culs dans nos vies, ce qui nous distingue, c'est peut-être que je me remplis d'être devant et pour les autres, que je le recherche comme une fouine fouille la terre (frénétiquement / rageusement ? désespérément.) (Ma terreur c'est mon vide intérieur, que les autres doivent lester de leurs projections innombrables.)
Lui est davantage seul, pour lui, devant lui, et l'infinie foule de ses fantômes, à jamais insatiables et insatisfaits.

Je ne sais pas.
Sans doute j'écris juste n'importe quoi.

 

Par Ox - Publié dans : C'est de ma pomme à graines qu'on cause.
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