Dimanche 18 juin 2006
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Retour (provisoire) de ma terre étrangère, là-bas, au pays des célibataires. Il y fait parfois humide et parfois chaud (c’est à cause des larmes et à cause de ma fenêtre qui baille). Globalement, je m’en sors – mais je ne sais pas pour aller où (pour patauger dans le pédiluve, tout bleu, tout sale, juste à l’entrée de rien).
Le premier soir, je me suis amusée à jouer à la dînette et à la fille de personne, dans le silence, avec mes accessoires d’existence (un drap, une feuille, une cuillère). Les murs résonnaient et les néons faisaient des auréoles. Ca tapait dans ma tête comme dans un tambour creux. J’ai mangé quatre yaourts.
Le deuxième soir était gris, terriblement boueux. De longues longues larmes qui sont allées courir dans le caniveau. J’étais seule, j’étais morte.
Je serrais Narcisse comme à chaque fois que je pleure trop. Je lui mettais mes lunettes sur le nez pour essayer de me faire rire, mais ça ne me faisait pas rire. Seule avec des centaines de petits graviers coupants dans le corps qui font mal et qui se secouent chaque fois qu’on bouge une pensée.
Le troisième soir, je me suis endormie comme un bébé à huit heures.
Le quatrième, je suis allée au cinéma, toute seule ; et il n’y avait que moi dans toute la salle de projection : jamais vu ça. Un peu impressionnant, un peu rigolo, mais surtout tellement étrange ; puis je suis sortie dans la chaleur moite adhésive de ce mois de juin, le long des rues de Lyon, je suis rentrée à pieds dans mes sandales toujours pleines de la poussière du dehors, en grandes lignes droites sur les boulevards de feux rouges ; je suis arrivée épuisée brûlante et remplie comme je ne l’avais pas été depuis longtemps – de sommeil aussi.
Le cinquième jour j’ai traîné. Je ne savais pas où aller. Je m’asseyais un peu n’importe où pour attendre, je regardais passer les gens. Je pensais dans le vide. Je fixais devant.
Le sixième jour je suis sortie et j’ai bu de la bière. De la Chimay triple pression, et une autre dont je ne souviens plus le nom, brune, forte, avec un goût de biscuit piment. J’ai mangé des frites aussi, avec une grosse palanquée de moules, délicieuses, de l’oignon et d’autres trucs, qui s’engouffraient dans ma bouche, que je bouffais avec les doigts, en parlant fort, et en rigolant encore plus fort.
Aujourd’hui, je me suis sentie triste, et un peu usée. Comme un machin qu’on aurait oublié des semaines dans la mer, et qui serait tout rongé par le sel et les vagues froides.
Je dois repartir dans ma case tout au bout du quadrillage, et j’ai pas envie. Revoir les quatre lignes de ma demeure blanche, le long couloir au bout duquel sont les chiottes (sans PQ), les sons qui me parviennent à travers les portes, mon store mécanique à relever avec la manivelle, la poubelle en plastique.
Ce soir, je n’ai pas envie.
Allez, une semaine encore, et puis une autre, et une autre.
Ma vie d’araignée seule que je bricole heure après heure.