une tasse de thé ?
Bienvenue sur mon blog !

blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Bienvenue sur mon blog !
J’ai pensé l’autre jour qu’étant donnée la domination masculine, il devrait être logique que tout le monde, hommes et femmes, soit homosexuel.
Les hommes, puisqu’on leur enseigne qu’une femme vaut moins. Un homme est plus aimable au sens fort qu’une femme, et il est plus valorisant d’être aimé d’un homme que d’une femme.
Les femmes… dans une autre logique. Mon expression « il devrait être logique » est donc biaisée, puisqu’il ne s’agit pas de la même logique dans un cas et dans l’autre. Pour les hommes, il s’agit d’une logique interne au système de la domination masculine ; mon « logique » est à entendre comme « conséquence attendue du système de domination masculine ». Dans le cas des femmes, mon « logique » se fait « préférable », « libérateur », « porteur de plus de bonheur ». Car si l’on reste dans la logique numéro 1, celle qui préside à mon jugement sur les hommes, qui, « logiquement », devraient tous être homosexuels, il est « logique » que toutes les femmes soient hétérosexuelles : on leur enseigne (comme aux hommes) qu’une femme vaut moins, elles tombent amoureuses de ce / ceux qu’elles admirent, qui leur sont présentés comme aimables et désirables, les hommes. Mais étant donnée la domination masculine, être amoureuse d’une femme pour une femme, vivre avec une femme pour une femme, c’est se soustraire à la violence du pouvoir phallocratique. C’est ce que Marie-Jo B. chante tout au long du livre que je suis en train de lire, et je ne peux qu’adhérer à sa chanson.
Pourquoi tous les hommes (pris dans la glu de la logique sexiste) ne sont-ils pas tous homosexuels ?
Pourquoi toutes les femmes (ayant pris conscience de la domination masculine) ne sont-elles pas toutes homosexuelles ? et pourquoi certaines femmes qui n’ont pas pris conscience de la domination masculine, et qui sont prises dans la glu de la logique sexiste sont-elles homosexuelles ?
Pour commencer à répondre à ces trois questions, il me semble qu’il faut se demander ce que sont le désir, le désir sexuel, l’amour, l’amitié, ce qu’on met dans ces mots ou ce qu’on peut y mettre.
Le désir sexuel n’est pas préférablement orienté vers un égal. On n’a pas non plus forcément envie de partager sa vie (quotidienne, son ménage, ses sous) avec un égal. L’amour que l’on reçoit d’une femme sert de faire-valoir auprès des autres hommes. Etre « estimé » d’un autre homme, dans le cadre d’une relation d’amitié virile, est plus valorisant que d’être estimé d’une femme. Ce qu’on cherche dans une relation sexuelle n’est pas, a priori, la communion de deux égaux. Désirer une femme peut vouloir dire se hausser à la hauteur des hommes. Les hommes sont d’abord égaux dans leur commune domination des dominés. Le désir peut ne pas être modifié d’un iota par une « prise de conscience » intellectuelle. Il prend pied dans des structures solidement fichées dans la terre des cerveaux. Le désir hétérosexuel suppose une pensée de la différenciation–complémentarité, et une empreinte profonde de la dichotomie de sexe qui fait voir l’ensemble du genre humain sur un mode binaire, l’hétérosexualité comme « l’amour du différent » et l’homosexualité comme « l’amour du même ».
La relation sexuelle est pensée comme transitive et non réciproque. Elle réunit deux individus auxquels elle assigne des rôles non symétriques. La pénétration est pensée comme la pratique de référence de la relation sexuelle. Toute pénétration suppose quelque chose qui pénètre et quelque chose qui est pénétré. A partir de là, quelqu’un qui pénètre et quelqu’un qui est pénétré. La forme de cette relation (que je définis comme transitive et non réciproque) n’est pas contenue dans l’acte de la pénétration en soi, mais dans la couche l’interprétation et de symbolisation qui la recouvre (en d’autres termes, ce n’est pas parce que la nature a fait que les individus doivent s’accoupler et donc se pénétrer pour se reproduire, que la sexualité assigne des places différenciées. C’est parce que ces places sont objectivées, différenciées, associées à des pôles de valeurs et symboles distincts, etc.).
Jadd dort à poings fermés. C’est à poings fermés que Jadd dort.
C’était jeudi. Je me suis assise sur la banquette du métro en face de Lola. J’ai eu cette pense saugrenue : si j’ai tout résolu, si tout est devenu clair, alors qu’est-ce que je vais résoudre maintenant, je suis une femme sans problème.
Je suis à présent rassurée. Je ne vais pas m’ennuyer.
Ya d’abord ces ongles et pôs des doigts. Mes ongles sont fracturés de partout, avec ces petits morceaux qui dépassent sur les bords ou au milieu, des crêtes des calanques à Marseille – Sugiton Cassis Callelongue Niolon la Redonne sur mes ongles blancs baveux. Je joue au bulldozer, celui qui va bétonner tout ça en une lisse plate-bande plâtrée et les crêtes ressurgissent par dessous. Ya ensuite la peau, première couche deuxième couche troisième couche, rose clair rose clair clair blanc blanc rose rose foncé rayures rouges rouges rouge sang. J’agrippe j’accroche je tire j’enlève je recommence. Saloperie. Je saigne.
Je ne veux plus me massacrer les doigts ! Mille fois par jour je le gueule dans ma tête.
Ya le boulot, aussi. Quel boulot ? Justement quel boulot. Le chômage, l’ANPE pas commencée, les vacances, la culpabilité, le pas-savoir, le trop-bien-pour-durer, les bébés et les bibliothèques. Ya les bébés, justement, les ovaires et les « aménorrhées ». J’aime bien ce mot. Contrairement à « masturber » (que je déteste), à « vagin », à « femme » (auquel je commence tout juste à me faire), à « règles », « menstruations » alors ça c’est horrible, mais « aménorrhée », j’achète. Gynéco, bah… Aller voir la gynéco, lui parler d’aménorrhées, lui demander « bonjour madame suis-je stérile ? » Stérile, stérilet, stériliser…
Ya ma bouche sans mot aussi, des fois. Ya ma toute petite personne, perdue au milieu du monde. Ya tout le reste qui m’obéit pas, qui reste dans ma tête trop gros – tout est toujours trop gros, fi de ces choses qui prennent de la place. Je suis un animal massif.
C’est quand je hoche la tête, avec ce sourire, la voix pas trop forte et pas trop rapide, avec mes yeux j’enveloppe tous les mots de l’autre, oui je sais je comprends je vois et j’ai toutes les réponses à tous tes doutes – je te protège, je te réponds, je joue aux gens la comédie de la sagesse, ils me croient et ça leur fait du bien, ou parfois je reste glacée dans ma compréhension silencieuse et les mots ne me viennent pas, comme avec Constance jeudi dernier. J’en ressors punaisée. Je débouche dans le hall débraillé de la SNCF avec l’impression d’être un gadget.
Compréhension océanique, dit Marie-Jo B. C’est quoi ce délire à la Cousteau ?
Séance d’apitoiement sur soi-même. On considère qu’on est la plus malheureuse du monde, que les autres peuvent pas comprendre, et qu’en plus c’est trop injuste (et que yen a marre).
(Violons).
Je me veux petite petite petite comme le mini-roi des dessins animés ; je pense à Dior qui pour moi est tellement belle et qui n’est pas une brindille filifèreuse pailleuse osseuse, qui prend de la place, qui se pose là, avec ses cuisses, avec ses fesses, avec ses hanches – oui mais moi c’est pas pareil, moi je suis petite, moi je voudrais être un papier calque.
Rentre le ventre, rentre les seins, rétrécis les épaules, petite petite…
J’ai peur de ne pas trouver de travail. De me retrouver en septembre, en octobre, et pas de travail. Plus de sous, ruinée. Le loyer, les prélèvements automatiques, et le porte-monnaie débraillé. Tout nu. J’ai peur que personne ne me veuille, que je me fasse jeter de partout. Qu’il n’y ait rien qui marche. Panique.
Peur aussi de ne pas y arriver. De faire des bêtises, de grosses bêtises. Pas m’entendre avec mes patrons. Conflits. Sueurs froides. Et si le bébé tombe malade, subitement ? Et s’il meurt entre mes bras ?
Et puis, et puis, et puis… J’arrive pas à lire sur les compteurs EDF. Je sais même pas quelle gueule ça a un compteur. J’aime pas les fiches techniques, débile, ça. J’arrive pas à enlever ce putain de CD de son étui ! J’ai fait tomber du café à côté. C’est dégueulasse. Ca colle. J’ai trop chaud et on dirait toujours que je viens de manger une choucroute garnie. Jadd il veut un truc et je lui dis non et il râle et après je lui dis oui et c’est trop tard il veut plus changer d’avis et ça m’énerve. Je le fais chier avec mes histoires de ça va pas et si ça continue ça va jamais avec moi. Toujours en train de râler celle-là. En plus je suis une privilégiée. Si on ajoute à ça la souffrance dans le monde. Avec l’autre con qui chante à la radio « quand une femme se donne toute entière dans un regard ». Et tout c’est trop compliqué pour moi. Je dois froncer les sourcils et me concentrer fort, mais des fois je comprends quand même rien et je dis laisse tomber. Je suis irritable-irritée. J’ai envie de boire du café. J’aime pas la fin des repas quand c’est fini on va plus manger. Faut attendre encore longtemps le prochain repas. On mange en rentrant le ventre. Encore un yaourt ? Je parle trop fort et je m’énerve quand Jadd me dit que je lui casse la tête. Il me dit Chut ! moins fort et moi je veux plus parler je boude. Je finis pas la fin de mon histoire et je dis que de toutes façons c’était pas intéressant. Je dis des choses pas intéressantes. Des tas de choses. Des anecdotes surtout.
Quand je m’énerve sur place je fais comme un bébé et je sers les poings. Je dis non mais ça va. J’ai rien. Je suis pas bizarre.
Régulièrement, je me suis dit que Jadd devrait être avec quelqu’un d’autre que moi. Une femme sûre d’elle, plus grande, plus posée dans la vie, avec son centre de gravité à l’intérieur d’elle et pas à voleter partout autour de son nez comme un papillon, ni derrière elle tiré en laisse. Une femme qui serait solide. Qui saurait penser par elle-même, qui aurait une pensée qui résiste comme de l’élastoplasme. Qui corps qui résisterait, lui aussi. Un corps plus grand et plus musclé que le mien. Une femme qui se tiendrait droite. Qui saurait dire qu’elle est une femme et n’aurait pas envie de mourir de rire en entendant ce nom, de rire de gêne et de « non mais vous devez faire erreur moi je suis juste un dou. » Une femme qui ne serait pas un dou.
Qui se tiendrait à égalité avec lui, parfois front contre front. Une femme qui pourrait l’aider. Qui ne chercherait pas le mode d’emploi quand Jadd ne va pas bien, qui se conduirait naturellement, selon ce qu’elle est, ça viendrait tout seul, elle saurait ce qu’il faut faire. Elle serait juste là, présente, mais comme une autre personne, entière, à côté de lui. Pas comme une girouette ou une bestiole de nuit qui colle à la lumière, pas comme un verre à moitié vide qui cherche à se remplir, qui frémit d’angoisse quand il sent les courants d’air le traverser. Pas comme moi.
Je me dis que je lui rends la vie impossible. Que je l’use jusqu’à la corne. Il me dit parfois que je ne l’aide pas. Que je ne peux pas l’aider. Que je comprends rien. Que je ne comprends même pas où il veut aller. Que je ne peux pas le faire grandir dans sa vie. Que c’est toujours lui qui doit me porter. Je bafouille pardon. Oui c’est vrai, décidément je suis trop pourrie. Faudrait que je me trouve un mec pourri. Ou plutôt que je reste seule, je préfèrerai s’il vous plaît si c’est possible… Je veux pas déranger.
Comment faire pour accepter qu’on prend de la place et qu’on a le droit de la prendre ? A pas vouloir prendre de place, j’en prends trois fois plus que tout le monde. Je me dis que je ne vaux rien, et je passe ma vie à regarder le nombril du rien ; je dis que je ne mérite pas d’attention et j’accapare l’attention de tous ; je guérois, contre le monde, de l’intérieur et de l’extérieur ; mes angoisses me donnent des coups de becs, j’expédie le poil à gratter sur le dos du monde, je contre-dis, je réplique, je boude, je fais la gueule, je ris pas, je blesse, et je m’en vais - triste.