une tasse de thé ?
Bienvenue sur mon blog !

blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Bienvenue sur mon blog !
Demain, j'ai les résultats de GCS (Grand Concours Sauveur).
Et aujourd'hui, je suis allée ballader ma bosse par delà les chemins, de l'autre côté de la banlieue, au Parc des Expositions de Villepinte. Passer un concours de catégorie C qu'on appellera ici Filet de Secours Prévisionnel dans une Optique de Chute ou Rebondissement Possible.
Des centaines de petites fourmis sac à dos s'acheminant de droite de gauche vers l'océanesque hall 5B planté de chaises de jardin.
Ce concours, c'est une sorte de blague, pour laquelle l'année dernière 1054 petits bonshommes et bonnes femmes se sont déplacés pour 9 postes,celle d'avant 1470 pour 6 postes, d'avant 1058 pour 8... pour gagner 950 euros par mois.
Si.
J'ai quitté monsieur Rayé (chaud comme un chausson aux poires...) dans son dodo pour aller me perdre dans l'inepte lieu-de-rien de la gare du Nord. Sauté dans un RER où se rangeaient en lignes et colonnes des centaines de gens verticaux serrés comme des grilles. En avant vers Villepinte, cité de l'avenir ;-).
Il faisait un froid de poule. Je frissonnais - j'essayais de rentrer le plus profondément possible ma tête dans mon cou et mon cou dans mon tronc - les herbes avaient gelé.
J'ai marché longtemps longtemps avant d'atteindre le hall 5B, dans la file étirée des candidats (gelés), qui marchaient la tête dans le cou et le cou dans le tronc.
Le matin, j'ai compté des classeurs verticaux en posant des multiplications longues comme le fleuve de la Seine qui se jette dans la Manche. Je les refaisais quatre fois chacune. Yavait toujours un bug de mouche quelque part.
Ca a été le midi. Le hall 5B a dégorgé ses centaines de fourmi grises (moi au milieu), qui sont venues se répandre sur le parvi gelé de la ville déserte.
Un no-man's-land plat, brillant sous le froid à perte de vue. C'est où les sandwichs au beurre ? Des gens sortent leurs petits sacs de vivres, je suis jalouse ; et je pars chasser : le nez au vent à la recherche de nourriture.
Je marche des plombes (ça me réchauffe, et j'envoie des sms décatis).
Je déniche un sandwich étouffe-athée découlinant de mayonnaise et dans un dernier souffle j'engloutis une banane - je reste le cul sur le bord d'un bassin comme un boa qui doit digérer son éléphant, et j'attends la reprise des hostilités.
14 h : questionnaire.
15 h : je suis dehors, il fait beau, je regarde le paysage par les vitres du RER.
Je ne pense à rien.
Bon, faudrait peut-être que je poste plus régulièrement pour que ce blog ressemble à quelque chose - du moins à autre chose qu'à une chaussette à tête de tigre.
Je poste donc. Des bêtises. Tant qu'à.
Les nouvelles :
- passé mon oral dans un grand tremblement mercredi dernier - le suspens reste entier quant à l'issue de la chose ; ce qui est sûr, c'est que c'était pénible, pénible d'une fois encore se déplumer de la sorte devant une galerie de zoeils scrutateurs et dubitatifs -
- encore une maladie, ou deux, ou trois, on sait plus trop ; réveillée à 5 heures du mat dans un état de très haut malaise, vomi à 7, délirante à 9 - sur un des plans, ça va mieux, sur un autre - non : et je rumine l'incompétence présumée de mon médecin (d'abord c'est le pharmacien kiladi, c'est même pas moi - et moi j'en ai ma claque, des maladies) -
- aujourd'hui c'est l'anniversaire de Rayé ; je lui souhaite au téléphone, car il n'est pô là ; je concocte dans ma tête son cadeau d'anniv - j'arrache les idées à la pince à épiler - j'ai la pression -
- hier, nouvelle aventure désopilante bras d'ssus bras d'ssous avec ma machine à laver : une nième catastrophe - l'appartement a péri sous un énorme tsunami. C'est qu'on avait écrit au proprio pour qu'il nous débouche ces putains de saloperies de canalisations - j'avais fait la veilleuse le pied de grue et le pot de fleur en attendant le plombier, qui est venu puis reparti ; j'y croyais, ma foi était sans faille : le résultat était pire que tout - un geyser de flots de flotte brune tout partout dans toute la pièce. Débranché en catastrophe. Epongé puis éclusé (la machine) pendant près d'une heure ; puis il a fallu se débrouiller des fringues détrempées (pesant une tonne) noyées dans une mare grise dans le tambour de la machine. Un poème. Les murs suitent d'humidité. Les algues grimpent.
Bises, les gens.
J'ai dormi d'un sommeil un peu tendu et discontinu, mais avec de vraies tranches de sommeil dedans, tout de même ; j'ai rêvé que j'étais avec Puce et que je lui expliquais pourquoi je devais me lever à 6 heures, pour manger...
Mon réveil de téléphone a sonné à 6 heures - c'est Rayé qui s'en est saisi et a marmonné "c'est quoi ça ?" (je ne sais pas trop si sa question concernait l'objet ou le fait qu'il s'agite à cette heure indue) ; j'ai répondu : "c'est le réveil de mon petit déjeuner..." Et à six heures, je me suis attablée ; à 6h35 j'étais recouchée, avec le réveil réglé sur 7h40.
Hop, je me lève à nouveau, j'enfile la tenue préparée la veille avec soin - un peu le stress, tout de même, la conscience d'un jour important ; je me bats avec le dossard et les bestioles d'épingles à nourrice dont je gère mal la géométrie ; Rayé ouvre un oeil et se met sur ses pieds pour m'attacher la puce (la petite, celle qui cause pas, la celle en plastique ;) ) dans les lacets. 8h05, je suis dehors.
Dans le métro, je croise d'étranges personnages emmitoufflés dans des sacs poubelles.
Je rejoins le groupe vers 9 heures dans le rond central du stade, près du départ ; il y règne une folle ambiance : la sono joue Sugarhill Gang, Rapper's Delight, à fond les ballons, un peu partout de petits amas de gens s'activent ; certains s'adonnent à des exercices d'entraînement atypiques (ça fait un peu Jacques Tati - oui pasque l'autre jour j'en ai regardé un bout à la télé, maintenant je peux faire des références enlevées ;) ). Ils font des moulinets avec les bras et se livrent à des danses de la pluie.
Prune et Chéri-de-Prune sont déjà là, Copains-de-Prune-et-de-Chéri-de-Prune arrivent peu à peu. Un grand ciel dégagé, clair et léger ; une atmosphère marrante et un peu électrique ; on check son attirail, les gels trucs, les mouchoirs (ma collection de sopalin, unique en son genre), les lacets, et on part se mettre dans la ligne - heu le pavé de départ.
9h15, on est en place. La course ne commence qu'à 10 heures. J'ai la chair de poule ; mais la foule me réchauffe un peu. Je vérifie mes lacets (quand je me baisse, j'ai bien chaud, à hauteur des milliers de genoux). C'est moins oppressant que lors de ma précédente et toute première course (la Parisienne, 6,5 kms) : les gens s'agglutinent moins, sont plus zen ; et quand le départ est donné je m'émerveille de la fluidité du machin : presque pas de piétinement, aucune bousculade, un vrai bonheur ce départ, tout en douceur, comme dans une pub pour les yaourts. Les coureurs ici ont plus l'habitude, et surtout, courent plus vite : pour Prune et moi, c'est du tout-gratiné - on se fait doubler, mais on n'a presque pas besoin de doubler, donc pas de prise de tête stratégique pour savoir par où se faufiler ; pas besoin de prendre les trottoirs, pas besoin d'accélérer-piétiner... du pain de mie.
On monte doucement vers le Trocadéro, hop on est partis. Ca fait bizarre de se dire qu'on est dedans, ça y est on est partis, on court les gars on court, ça commence... [Ce truc sur lequel on fantasme depuis des semaines.] La foule est déjà là pour nous acclamer, AHA on est des stars - (je fais des sourires béats aux spectateurs - mercimerci) ; les petites fanfares rigolotes sont en place sur les ronds-points, dans les virages, sur le bord de la route. Dans l'une les musiciens sont en rose fluo ; l'autre balance des rythmes africains - Prune crie : "Ouais, bravo !!" (Elle est grave en folie ;) ) Hop on oblique vers le bois de Boulogne.
Les 11 premiers kilomètres, comme dans du beurre. J'avais l'impression qu'on ne faisait que descendre ( ? ). Prune est toujours à côté ou derrière moi, avec son tee-shirt rouge ; depuis le début j'ai mon casque sur les oreilles et la musique qui pulse ; de temps à autre je l'arrête pour écouter Prune ou une fanfare - la plupart du temps j'écoute les deux en même temps et je n'entends aucune des deux ;)
Je regarde autour de moi, les routes, les arbres, tous les tee-shirts qui s'agitent devant - je passe toute la course à lire les inscriptions sur le dos des coureurs ; "marathon de Paris", "je cours contre la maladie", "les Foulées de Bidule", "les 15 kms de Truc"... - et les maillots des clubs, aussi. Des tee-shirts "Air France", ou "Armée de Terre"... L'ambiance est bonne en dépit de quelques rigolos qui te poussent pour te doubler (heureusement ils sont peu nombreux).
Au 10e kilomètres j'essaie de boire un peu - Prune ma coach-bonne-étoile m'attrape de l'eau sur le côté droit, j'en chope sur le gauche et on se retrouve avec trois petites bouteilles de flotte ;) - j'arrive à peine à en avaler trois gorgées, et je balance le reste sous une voiture (oui normalement c'est mal, mais là, on a le droit...) Ca me fout un peu mal au bide ; mais on arrive au 11e kilomètres, et là attention, je dois retrouver M'sieur Rayé, que j'ai laissé à la maison tout chaud de sommeil (comme un chausson aux pommes qui sort du four, que je lui dis d'habitude), et qui a accepté de m'accompagner pour la seconde moitié de l'aventure. On s'est fixé un point de rendez-vous, mais on n'est vraiment pas sûrs de nous, et je suis toute fébrile - je gueule le nom des rues qu'on enfile et mes voisins de course doivent me prendre pour une tarrée - "excelmans, ouais... versailles ! c'est bon versailles ! et là... on doit prendre à droite attention... oui la poste, la poste, ya une poste c'est là !!! mais... il est pas là !! SI !!! il est là !!!" (une folle dingue quoi). J'ai levé le bras et Rayé m'a vue ; hop il se lance du trottoir sur la route - Prune lui file mon gel-aux-pommes et gueule "Ouais allez Ox !!" puis disparaît, derrière nous - elle courera jusqu'au 14e kilomètre, pour traverser la Seine et voir son chéri arriver en triomphe, au bout d'une heure 25 minutes et 50 secondes de course... Rayé me demande si ça va ; je suis excitée comme une star et je réponds "ça va SUPER bien."
On oblique vers les berges de la Seine, et la chaussée se fait plus étroite. Je cours à droite, sur le bord. Commence la partie la moins rigolote (désolée M'sieur Zébrures - tu as manqué les sous-bois verts de Boulogne et leurs odeurs de branches).
Encore moins rigolo, en fait franchement sombre , inquiétant : sur le côté, un jeune homme est allongé sur le dos, les yeux exorbités, les bras largement ouverts, on lui fait un massage cardiaque - un grand frisson triste parcourt la nuée des coureurs.
Ravitaillement du 15e kilomètre. Je devrais boire et manger, mais je ne m'en sens pas l'estomac, et je ne fais rien du tout ; Rayé a toujours mon gel-parfum-pommes mais je décline poliment sa proposition - mon ventre ne s'en sent pas les tripes. Une erreur stratégique sûrement me dira Rayures après la course - mon grand machin de corps fatigue.
A partir du 16e, ça devient dur ; c'est là qu'Arsenik se met à entonner "Rester vivant ! Rester vivant !" dans mon casque, et ça me fait marrer. Je repense à la phrase de Chéri-de-Prune (connaisseur des 20 kms) : "là, t'attends avec impatience le moment où on va retraverser la Seine..." Ouais, surtout que ça monte, ou du moins j'en ai l'impression ; alors quand je vois au loin la vague de gens multicolores (si ça fait vraiment vague, qui ondule, c'est assez rigolo) prendre le virage à droite et s'engager sur un pont, je beugle, en pointant du doigt : "là ! on traverse, ça y est !"
Seulement de l'autre côté du pont on n'est pas arrivés, et Grand-corps-en vrac commence à protester... [Pourquoi grand ? Je sais je suis petite m'enfin... il prend de la place, voyez, c'est pas rien à déplacer...] La partie vraiment la plus galère : l'enfilage des mini-tunnels - je descends, je monte, je descends... je... mmmonte, je descends... heu... je...mm. (si si je vais le faire) ;) et dans le trou, c'est tout sombre, tout humide, ça clapote, et surtout, désolée les camarades de galère, mais... on pue : tous ces petits corps frétillants comme du plancton sous les voûtes en pierre, ça dégage une odeur... de sport - je me sens faire partie d'un grand tout transpirant en presque décomposition sportive, et j'ai chaud à la tête.
Je n'ai plus d'électricité, je marche à la manivelle. J'ai mal au genou. Rayé aussi, mais il ne me le dit pas, en coach dévoué.
On passe le 18e kilomètre, et il me lance : "On accélère ?" Avec peine je redresse mon cou qui pèse (bon d'accord j'exagère) pour lui répondre... juste... "Non". Il a compris le message et me demande en métronome si ça va, et ça va ; je pédale, sans réfléchir, et par plancher je passe la musique de plus en plus fort dans mon casque - plus fort - plus fort... (Là ya Métèque de Joey Starr, et ça me fait du bien.) Le 18e dure des heures. Rayé est tombé d'accord là desssus. Je vois au loin un grand truc rouge et je gueule (oui, parce que j'ai toujours mon casque sur les oreilles, et à plein volume) : "C'est l'arrivée là-bas ?" Un gars qui court à droite de Rayé hoche la tête, ben non, c'est juste le 19e kilomètre... Je me sens un peu bête parce qu'après réflexion (légère hein la réflexion, je suis fatiguée moi) ce truc se dresse au milieu de rien, et ne ressemble effectivement pas du tout à une ligne d'arrivée, mais ça me fait rigoler - et on y est presque, les gars... D'un coup Rayures me montre du doigt : "Là ! Regarde là, c'est l'arrivée !" Yeah....
Le 19e kilomètre a été tout petit ; je ne pouvais pas accélérer, mais quand j'ai vu, là, tout de suite, devant... la putain de ligne d'arrivée, ouah * * * les photographes à deux pas ont eu droit à mon plus beau sourire radieux :-))
Pas trop professionnels cependant les coureurs s'arrêtaient juste sur la ligne, et on venait tous se ramasser les uns après les autres dans cette espèce d'étrange coussin humain coagulé... Puis on marche vers le ravitaillement - je crève de soif, Rayé aussi - il me dit que ce n'est pas bon signe et qu'on aurait dû boire avant : on a couru désydratés sur la fin ; des bonshommes distribuent des trucs bleus sur le bord et je prends ça pour du chocolat, je tends la main, avide - elle reçoit une toute-pourrie-médaille moche ("mais merde ça se mange pas ce truc c'est tout dur en plus !") (bon, je la rangerai tout de même dans ma super-collection riche de deux éléments, dans ma valise Elmer ;) ).
Je rate le vrai ravitaillement du manger (tout de même des pruneaux Agen, une pomme, et une grosse barre Milka, merde alors), mais je me rue sur les bouteilles de flotte (HHHH.... assoiffée comme un puits asséché...) On retrouve la Bande-des-Potes dans le rond central, Prune me fait un show d'arrivée ; c'est comme une sorte de bonheur dans mon for d'intérieur, genre : "éh, les gars.... je L'AI fait."
Je passerai la seconde moitié de la journée dans un semi-coma ; Rayé a ramassé sur le bord de la route une bonne crève résistante qui a eu raison de sa présence dans le monde des Cohérents à 20h30 - trois cuillérés de lentilles, et au lit - je lui emboîte le pas une demie-heure plus tard. Et je sombre. La tronche dans l'oreiller. Bavant.
Bilan de l'étendue des dégâts : mes jambes ont bien résisté - à part les genoux, qui grincent franchement, et l'articulation des hanches ; quelques sensations ( de ? chaud ? poivré ?) en haut des cuisses, sur le devant, mais pô grand chose. Côté souffle et coeur, RAS. Ce qui pèche, avec clarté : mon joli-petit-tronc : mon bidon, qui fait des siennes, comme à son habitude, et un peu le dos, les côtes, toute l'armature, quoi (d'après Rayé, faut chercher du côté des abdos). Et aussi : le jus, plus généralement... La tenue sur la durée. M'enfin, quoi, après tout, c'était la première fois ;).
Une décision, cependant, née de cette aventure picaresque : je ne ferai JAMAIS de marathon...
:-))
PS : http://www.metrofrance.com/fr/article/2007/10/11/18/0750-37/index.xml
"Au bout d’une heure, votre organisme aura besoin de puiser dans les réserves. Ne sautez pas les ravitaillements. Même s’il ne fait pas très chaud. En général, le coup de barre survient dans le 14 ou 15e kilomètre."
Mwouais... je confirme. ;)
Mercredi 17 octobre, 15 heures, oral d'un concours en points de suspensions.
(Du coup, je révise, la barbe.)
Vendredi 2 novembre, je commence mon contrat de deux mois, avec des trucs ésotériques dedans.
Ce concours, je voudrais vraiment l'avoir. De toutes mes dents. Qu'est-ce que ça serait chouette, j'aurais un travail-pour-la-vie dis-donc. (Ca méritera qu'on fasse une bonne teuf, avec du p'tit coing dedans, et de la bière de Saint-Bernardus.) (Espoir.) (Et points de suspension.) (Oeil qui doute.)
Et pour rigoler et détendre mon atmosphère, qui se fait parfois marécageuse sous mes chaussettes, ce we, 20 kms : les 20 kilomètres de Paris, oué - quelle fête ;-)).
Puce est étonnamment agile de ses petits doigts. Elle en fait tout un tas de trucs, du haut de ses deux ans sept mois. Tout en précision, en retenant son souffle.
Drôlement dégourdie de tout le corps, en fait. Une footballeuse comme j'en ai rarement vue, avec son poids et sa taille de petit pois vert! Une énergie à faire pâlir d'envie les plus grands sportifs ;-)
Elle prend depuis toute petite la place qu'on lui laisse, immense ; elle se loge, à l'aise, dans le silence détendu de ses parents.
Ses parents parlent peu, sont très tranquilles ; pas un silence d'angoisse, un calme juste là, posé. Puce occupe l'espace, sonore et visuel ; Puce remplit, mais sans anxiété, semble-t-il. Bébé, elle chantait en permanence ; à table, comme on n'avait pas grand grand chose à se dire, nous les adultes, dans sa chaise haute elle babillait en musique, pendant des heures.
Elle ne cherche pas à attirer le regard, elle l'a déjà, confiante ; excitée comme trois puces plus souvent qu'à son heure, elle ne manifeste pas de stress, ni d'inquiétude, ou rarement : elle occupe juste à grands cris la place qu'il lui semble depuis toujours légitime de prendre, son bon droit, son espace vierge dans le monde.
Petite tête déjà bien dure, pleine de mots, d'une énergie élastique, en permanente communication, en connection directe, attentive branchée sur l'attention des autres, en représentation, sûre d'elle.
Elle a des virements d'humeur, fait des caprices ; elle boude, ou plutôt se met en scène boudant, mais tout cela sans inquiétude - juste pour jouer son personnage, dans toute sa largeur ; elle a drôlement besoin de quelque chose qui tienne devant elle : et ses parents tiennent.
C'est un petit ressort qui se marre.
http://penseesderonde.mabulle.com/index.php/2007/09/26/89480-stigmatisation-n-est-pas-prevention
http://femininlemporte.canalblog.com/archives/2007/09/28/6338251.html#comments
Ma grand-mère n'aime pas les enfants, tout simplement.
Bon, c'est pas une tare hein.
Mais ça résonne tellement sur mes propres souvenirs d'enfance - pas traumatisée par ma grand-mère, non allez, elle ne m'a pas suffisamment gardée pour cela (merci mon dieu) - seulement, piquée de souvenirs tout nuls, avec elle, souvenirs froids, souvenirs tendus, souvenirs compliqués. Heureusement, il y avait l'autour-de-ma-grand-mère, et son petit capital : le jardin, les arbres, les lapins dans les clappiers. De chouettes souvenirs. Quand on jouait aux Indiens dans le grand trou de terre sous les sapins. Mais des souvenirs avec ma grand-mère ? Des souvenirs neutres, ou mauvais ; des souvenirs qui picotent, pas douloureux, mais pas tendres ; âcres.
Je sais par la bouche de ma mère qu'avoir ma grand-mère comme mère ne fut pas une sinécure, et je veux bien le croire.
Ma grand-mère n'aime pas les enfants.
C'est sale, ça bouge, ça crie, ça dérange tout, son petit monde de poupée. C'est pénible. Et ça attire l'attention - ça détourne l'attention, ça la prive d'une partie de sa lumière.
Ma grand-mère ne sait pas comment faire avec des enfants. Elle ne sait pas comment les prendre, comment leur parler, quoi faire - de petits animaux étranges au langage mystérieux. Ca la laisse interdite. Ca la fatigue. Seuls l'intéressent les enfants qui ressemblent à des adultes.
Pour Puce, faudra attendre un peu. Et j'espère qu'il faudra attendre toujours.
Elle ne sait pas créer de lien avec un enfant.
De quelque sorte qu'il soit.
Alors quand elle me sort sa théorie de l'attachement, comme quoi moi, elle m'aurait vue grandir, elle s'est occupée de moi... comme de ma soeur Prune, alors qu'Elias non - alors c'est pas pareil, et... et là je sens qu'elle crève d'envie de me sortir des méchancetés sur Elias, et qu'il lui a fait du bobo, et qu'il est pas gentil avec elle, et qu'en plus il a fait des études courtes, et qu'il regarde beaucoup la télé, et Chérie elle est hostile.... et je prends mon air le plus détaché et le moins compréhensif qui soit, pour faire barrage, pour bien qu'elle comprenne que ses litanies sur Elias que-ça-fait-du-bien de les vomir, de me les sortir à moi, pour ensuite aller faire la même chose sur moi auprès de quelqu'un d'autre, ça marche pas.
Avec sa manie des camps vaseuse, son fonctionnement perpétuel à base de camps, et bien je me range : je suis dans le camp d'Elias.
Je crève d'envie de lui expliquer que son attachement, elle l'a inventé, qu'elle ne s'est jamais occupée de moi, que je n'ai aucun bon souvenir avec elle, qu'elle m'emmerde.
Elle réécrit l'histoire. Elle joue les sentiments. Elle met en scène sa vie et son personnage. Elle se ment.
Qui est duppe ?
C'est terrible de faire semblant d'aimer les gens.
Elle ne connaît pas un seul ongle de moi.
Son ego dur comme une tôle en zinc m'indiffère. M'oppresse.
La mousse mielleuse de mots tout cuits galopant sur le roc de sa misanthropie. Du bluff, rien que du bluff.
Je regrette, parfois, que mon autre grand-mère soit déjà partie. La blanche, la grosse, l'ouvrière.
Le revers de celle-ci, avec ses grands yeux bleus à l'eau de javel.
Je suis revenue dimanche dernier d'un voyage au coeur de la famille. Cinq jours chez ma grand-mère dans le Sud-Ouest, avec mon frère, sa chérie, et ma petite nièce, qui est aussi ma filleule.
D'où je ramène deux portraits.
Que je voudrais griffonnailler ici armée de ma maladresse.
Le portrait de deux bonnes femmes, l'une de soixante-dix-sept ans, l'autre de deux et demi.
Une arrière-grand-mère et son arrière-petite-fille.
Et je ne vous ferai pas le plan de la ressemblance étonnante, de la vie qui pétille dans les deux, et du souffle des générations.
On me dit que Puce peut-être ressemble à son autre arrière-grand-mère.
Moi, je ne la connais pas.
Ma grand-mère.
A force de la regarder, je l'ai disséquée. Pour tenir aussi, pour alimenter le rempart dans ma tête, j'occupais mes esprits : je me suis mise en mode "j'analyse" pour la regarder comme un petit insecte qui se débat, et n'être pas atteinte. Par tout ce qui chez elle m'insupporte.
J'aurais pu faire un Power Point de ma grand-mère et je l'aurais structuré en quatre parties : les trois traits fondamentaux de sa personnalité, et le dernier né, venu avec sa vieillesse et la conscience de sa vieillesse.
Ses trois fils à nouer :
- la haute estime de soi ;
- la froideur ;
- les tendances paranoïaques.
Le dernier né :
- le jeu de l'affectivité, miel-sucre.
Visqueux, niaiseux, rhétorique.
La haute estime de soi : aristocratique.
Quand j'étais petite on allait déjeuner chez mes grand-parents le dimanche. Ils habitaient dans un château, avec des domestiques ; une dame nous servait à table habillée en soubrette ; les porte-PQ dans les chiottes étaient en forme de dragons, et d'énormes lustres pendaient au plafond. Ils faisaient de la chasse à cour, et les murs étaient couverts de croûtes représentant des scènes de chasse, de pattes et de têtes d'animaux empaillés. Il y avait un sauna. Des moquettes énormes, des tapis, de vieilles horloges. Des chambres à n'en plus finir. Du rouge à lèvre et des manteaux de fourrure.
Ma grand-mère a fait des voyages. Des études.
Ils avaient un bateau à la Grande-Motte. Ils allaient à Deauville.
Et la semaine dernière elle opposait "les gens simples" aux "classes un peu évoluées".
Elle ressent en permanence le besoin de se congratuler sur sa taille fine, le beaucoup qu'elle marche et le peu qu'elle mange. Le peu qu'elle mange, surtout. En boucle.
Et toujours, en dévalorisant les autres.
Que les autres sont gros, que les autres sont laids, que les autres sont paresseux.
Elle n'a que des amis plus jeunes qu'elle, parce qu'avec les gens de son âge, "elle s'ennuie". Elle rabâche sans fin jour après jour les ficelles de son régime alimentaire.
Et raconte avec joie ses amis qui mangent trop.
Et ils me disent : "Mais comment tu fais Suzie pour rester aussi mince ! Et je leur dis..."
("vous n'avez qu'à vous bouger le derrière" - sic).
Mettre sa chaussure sur le nez des autres : c'est important. A plus ou moins grande échelle.
Petite échelle : gloser sur mon frère et sa chérie.
Elias aurait fait "des études courtes" (soupçon de mépris dans sa voix) : j'avoue, juste pour le plaisir de la contre-dire et de la faire chier, je lui rappelle qu'il sera bientôt bac + 5, ce qui ne correspond pas franchement à des "études courtes".
Elle ne supporte pas qu'on la contre-dise, pour le principe ; là encore moins : je valorisais quelqu'un, et ce contre son opération de dévalorisation - "non mais ça veut rien dire ça, bac + 5, c'est des études pratiques c'est tout, etc."
Et d'enchaîner avec délice "Machin, qui elle est aide-soignante, parce que Chérie-d'Elias elle elle n'est pas aide-soignante hein elle n'a pas le concours, ..."
.....
Grande échelle :
Les horreurs qu'elle vomit sur l'une des petites-filles de son compagnon (petits-enfants qu'il ne voit pour ainsi dire plus depuis qu'il est avec elle, cherchez l'erreur).
13 ans. (Elle en parlait déjà comme ça quand elle en avait la moitié.)
Elle est grosse. Elle est paresseuse. Elle ne fait rien. Elle n'aime que manger . Et regarder la télé. Et elle ne mange que des choses sucrées : du coca, des gâteaux...
"DANS L'ETAT OU ELLE EST" (le ton dans la voix, un serpent de sueur froide qui me descend dans le dos).
Et sa soeur (jumelle), "filiforme, elle c'est les strings et les pantalons taille basse, la star académie".
"Comme disait sa mère au téléphone l'autre jour à C., elle pourra toujours faire femme de ménage à la maison de retraite !"
(A-t-elle vraiment dit ça ?... Peut-être même devant la gamine ?...)
"Moi je sais pourquoi N. elle veut pas arrêter de fumer... Elle a peur de grossir, et comme elle est déjà grosse !" (Jubilation de ma grand-mère en prononçant ces mots.)
La froideur.
On l'a compris avec tout ce que je viens de rapporter. Ce n'est déjà plus de la froideur, c'est de la méchanceté.
Mais la froideur, aussi.
Et ma stupeur, en voyant, pour la première fois, ma grand-mère devant son arrière-petite fille : rien. Rien à voir. Le vide. Le nul.
Ma grand-mère reste de glace.
Pas concernée, absente, invisible, transparente, renfrognée, poussée par elle-même dans un coin du cadre, dans l'arrière-arrière fond du champ.
Elle n'interagit ABSOLUMENT pas avec Puce. Rien.
Elle ne lui parle pas, elle ne va pas vers elle, elle la regarde à peine, son regard n'est pas là, il est vide. Elle semble désemparée, tue.
Mieux : les pitreries de Puce (et dieu sait qu'elle en produit, par valises) la laissent de marbre - masque de cire sur ses traits tout froncés.
Le premier jour, ça m'est apparu comme une évidence (et je n'en croyais pas mes yeux) : elle était jalouse de Puce. Bien sûr, c'était Puce le centre du monde là-bas ; et plus encore le centre de mon monde ! (Mauvaise que j'étais - si elle avait pu le deviner : je n'étais venue que pour Puce...)
C'est à elle que je voulais parler, avec elle que je voulais jouer, elle que je voulais connaître ; elle qui venait me chercher partout où ma grand-mère m'attirait, à elle, dans les coins de la maison - Puce qui criait : "Où l'est tata ? Mien tata ! Mien !"
Et moi toujours j'arborais le sourire contri au milieu de la phrase de ma grand-mère, et par dessus son récit à elle, je répondais à Puce.
Ce n'est pas que ça l'énervait. Non.
Ca la plongeait dans un désespoir morbide.
Elle prenait son masque de persécution.
Elle était au fond du fond du plus pur chagrin.
Abandonnée, délaissée.
Bouffée par une petite fille de deux ans.
Et oui, pour cette fois, c'est elle qui était mangée.
(Avec ma complicité ;) )
Je reviens à la froideur.
La dureté. L'absence totale de sympathie (vraie) pour le genre humain.
Nombrilisme. Glorification de soi, dure comme du silex, que l'on rapporte sans cesse aux autres.
Le visage impassible, mort, sans aucune expression, qu'elle tend vers Puce, tranche tellement avec le discours qu'elle tient : tout de sucre et de miel, tout d'affectif et d'émotion, sur la famille, les enfants, "son arrière-petite-fille".
Je n'avais eu jusqu'à présent que le discours, sur Puce ; j'ai vu à présent le réel - et le vide ; le gouffre entre les deux me stupéfait.
Ses mauvaises tendances paranoïaques.
On ne l'aime jamais à sa juste valeur. On ne l'aime jamais ? On ne s'occupe jamais assez d'elle.
Elle a tant souffert. Elle a tellement pas de chance.
"Chérie-d'Elias, elle est hostile, je le sens moi ces choses-là... Je sais pas ce qu'il a pu lui raconter, Elias ! Ou ce qu'elle a pu entendre chez maman... Je me méfie moi hein !"
"De toutes façons moi je vais te dire, les pièces rapportées, ça reste des pièces rapportées ; c'est pas comme les liens du sang..."
"Oui ben la famille de Chérie-d'Elias elle fait comme ça, alors moi au moins je le dis !"
( ?? Famille de Chérie-d'Elias est la plus chaleureuse et accueillante qu'il soit...)
Chaque fois qu'on la contre-dit, elle prend son air de persécutée ; et comme je la supporte difficilement sur la durée, et que ça se voit, avec moi elle finit par arborer en permanence son masque de persécutée...
La suite demain ;-))
Je n'ai pas de travail. Je n'ai pas de statut. J'ai le sentiment de n'avoir pas d'existence sociale.
De jouer à faire semblant que je crois que j'en ai une.
Je me vis comme une courante d'air ; une particule ;
je suis la femme au foyer d'un 25m carrés sans enfant.
Je suis dans ma petite maison.
La pensée me percute de temps à autres que ma vie est absurde. Les autres avancent autour de moi, ceci, cela. Progressent. Je patine. J'inexiste.
Je me promène dans les cases de mon emploi du temps.
Je sécrète parfois de la mauvaise agressivité. Je me déteste rétrospectivement ; je déteste cette jalousie honteuse.
Je suis vide. Je tente de remplir une bassine pleine de trous - moi ; je pansemente, je colmate, je vaque à l'urgence en léthargie ; le tout est de pousser le temps, de tenir un peu plus un peu plus loin, sans rien accomplir. De repousser le vide devant son nez.
Comme le chien de ma mère avec ses croquettes, qu'il ballade sur le carrelage avec sa truffe.
Je pousse mes journées.
Quel grand désir ? Quel but ? Pour aller où ?
Je me décourage.
Je ne me trouve pas assez. Pas assez forte, pas assez vive. Pas assez consistante. pas assez drôle.
Pas assez gentille, souriante. Pas positive. Pas assez attentionnée, pas tournée vers les autres, pas de respect, trop peu de prise en compte. Trop d'égocentrisme, trop d'oubli. Pas assez de vie. Pas assez de courage.
Trop peu de couleurs.
Trop de gémissements.
Pas assez de surprises.
Pas de persévérance.
Si l'on me payait 35h par semaine à tondre des pelouses ? Est-ce que j'en serai plus heureuse ?
J'aime bien l'odeur du gazon.
Je suis nerveuse, sous électricité. Je change de passions toutes les trois secondes, elles n'en sont pas. Je ne m'intéresse à rien vraiment, mon cerveau saute, rayé. Je ne m'applique pas, je ne me concentre pas. Je n'y arrive pas, plus. Je me demande à quoi je sers, à quoi ça sert. Où sont les tourne-vis du monde.
J'emprunte un livre de physique. Je ne le lis pas.
Je fixe la couverture une demie-heure. Puis je le rends.
Ce qui m'a plu, c'est Mister Bones. Je me suis prise d'affection pour ce chien.
Quand il rêve, il peut parler. Parfois il se transforme en mouche - il vole (ça fait "fly" qui "fly", ça me plaît ; j'ai mis un temps à comprendre).
Paraît qu'Auster est un peu con, prétentiard ; d'aucuns disent misogynes - Monsieur Rayé ne l'aime pas beaucoup - pourtant moi il m'aide, il me réchauffe l'atome d'énergie vitale des fois ; je trimballe ses livres comme des totems dans mes journées vidées.
« Quoi de plus j'ai été, je ne me suis jamais laissé sois ce ver. J'ai sauté, j'ai galopé, j'ai monté, et n'importe comment beaucoup de fois je me suis brisé de nouveau à la terre, je me suis toujours pris et ai essayé encore. Même maintenant, car l'obscurité se ferme dedans sur moi, mes prises d'esprit et ne jetteront pas dans la serviette.
Le grille-pain transparent, camarade. Il est venu à moi dans des nuits de la vision deux ou trois il y a, et à mon chef été plein de l'idée depuis. Pourquoi pas exposer les travaux est-ce que, j'ai dit à me, puisse observer le pain tourner de blanc au brun d'or, pour voir la métamorphose avec vos propres yeux ? Quel bon fait-elle pour fermer vers le haut le pain et pour le cacher à clef derrière cet acier inoxydable laid ?
Je parle du verre clair, avec les enroulements oranges rougeoyant en dedans. Ce serait une chose de beauté, une oeuvre d'art dans chaque cuisine, une sculpture lumineuse contemple même pendant que nous abordons l'humble chargeons de préparer le déjeuner et de s'enrichir pour le jour en avant. Verre clair et anti-calorique. Nous pourrions le teinter bleu, le teintons vert, le teintons n'importe quelle couleur que nous aimons, et puis, avec le rayonnement orange d'en dedans, imaginons les combinaisons, pensons juste aux merveilles visuelles qui seraient possibles.
La fabrication du pain grillé serait transformée en acte religieux, une émanation d'otherworldliness, une forme une prière. Dieu de Jésus. Comment je souhaite j'ai eu la force à travailler à elle maintenant, pour s'asseoir et élaborer quelques plans, pour perfectionner la chose et pour voir où nous avons obtenu avec elle.
C'est tout que j'ai jamais rêvé de, M. Bones. Pour faire au monde un meilleur endroit. Pour apporter une certaine beauté aux coins ternes et monotones de l'âme. Vous pouvez la faire avec un grille-pain, vous pouvez le faire avec une poésie, vous pouvez la faire en atteignant dehors votre main à un étranger. Elle n'importe pas quelle forme elle prend. Pour laisser le monde meilleur que toi l'a trouvé. C'est le meilleur qu'un homme peut jamais faire. »
Google, Outils linguistiques. (D'après notre article précédent).