
blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Anorexie : négation de soi-même. On se tient tout en entier, d’un seul tenant, un seul morceau, et on se nie. Suppose une cohérence dans la socialisation vécue, et en conséquence dans la saisie de soi-même. On est cohérent, on est un. Logique assurée et maîtrisée jusqu’aux dernières limites : on connaît les causes et leurs conséquences avec certitude. Je ne mange pas, donc je maigris. On tire sans cesse sur la même cause, avec l’assurance que la même conséquence en surgira. Et on va jusqu’au bout, avec fermeté.
Boulimie : répulsion de soi-même. On joue au yoyo avec soi : on attire vers soi on repousse. On se dédouble : on se voit de loin, on est assis à côté de soi pour se regarder (mal) faire. En réalité, on est bien plus que deux. On est fragmenté, éparpillé, douloureusement. On est déchiré dans la contradiction. On ne sait jamais quelle conséquence va sortir d’une cause comme un diable de sa boîte. De la même cause peuvent surgir deux conséquence strictement opposées avec exactement la même probabilité. On ne peut rien prévoir, anticiper, on laisse le monde venir à nous comme une gifle. On mange : c’est le plaisir du ventre ; on vomit, c’est l’éthique des yeux. On ne tient rien. Ca se défait.
J’ai réécrit mon histoire à la lumière de qui est advenu, et je me vois, à deux ans, à cinq ans, à huit, à onze ans : toujours : étrange et laide. Bizarre et moche. Depuis j’ai réinjecté cela dans mon prénom, dans mes cheveux, dans mon visage, dans ma voix, dans mes sous-pulls. Etrange et laide, bizarre et moche.
Je suis la petite deuxième, la petite dernière, la patte du canard qui boîte, la jambe qui traîne derrière. Je me cache derrière les grands arbres des grandes personnes et de ma sœur devant moi. Je ne m’expose à rien. Je n’ai pas de courage. Je tremble trop violemment à l’intérieur pour tenter quoi que ce soit. Je suis un piteux chevalier. Je suis un homme manqué.
Aliénée autant que ma mère et éclatée dans le regard de mon père. Désorientée, ne sachant quoi être. Honteuse.
Je me suis prise de rage en lisant un pauvre mail hier soir. L’envie de me laisser submerger par une mauvaise violence.
Je voudrais apprendre à frapper, à me saisir de moi-même d’une seule main, d’un seul coup, et avec assurance me jeter entière et ferme. Au lieu de cela je ne suis que mollesse comme un sac de ouate.