
blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Jadd dort à poings fermés. C’est à poings fermés que Jadd dort.
C’était jeudi. Je me suis assise sur la banquette du métro en face de Lola. J’ai eu cette pense saugrenue : si j’ai tout résolu, si tout est devenu clair, alors qu’est-ce que je vais résoudre maintenant, je suis une femme sans problème.
Je suis à présent rassurée. Je ne vais pas m’ennuyer.
Ya d’abord ces ongles et pôs des doigts. Mes ongles sont fracturés de partout, avec ces petits morceaux qui dépassent sur les bords ou au milieu, des crêtes des calanques à Marseille – Sugiton Cassis Callelongue Niolon la Redonne sur mes ongles blancs baveux. Je joue au bulldozer, celui qui va bétonner tout ça en une lisse plate-bande plâtrée et les crêtes ressurgissent par dessous. Ya ensuite la peau, première couche deuxième couche troisième couche, rose clair rose clair clair blanc blanc rose rose foncé rayures rouges rouges rouge sang. J’agrippe j’accroche je tire j’enlève je recommence. Saloperie. Je saigne.
Je ne veux plus me massacrer les doigts ! Mille fois par jour je le gueule dans ma tête.
Ya le boulot, aussi. Quel boulot ? Justement quel boulot. Le chômage, l’ANPE pas commencée, les vacances, la culpabilité, le pas-savoir, le trop-bien-pour-durer, les bébés et les bibliothèques. Ya les bébés, justement, les ovaires et les « aménorrhées ». J’aime bien ce mot. Contrairement à « masturber » (que je déteste), à « vagin », à « femme » (auquel je commence tout juste à me faire), à « règles », « menstruations » alors ça c’est horrible, mais « aménorrhée », j’achète. Gynéco, bah… Aller voir la gynéco, lui parler d’aménorrhées, lui demander « bonjour madame suis-je stérile ? » Stérile, stérilet, stériliser…
Ya ma bouche sans mot aussi, des fois. Ya ma toute petite personne, perdue au milieu du monde. Ya tout le reste qui m’obéit pas, qui reste dans ma tête trop gros – tout est toujours trop gros, fi de ces choses qui prennent de la place. Je suis un animal massif.
C’est quand je hoche la tête, avec ce sourire, la voix pas trop forte et pas trop rapide, avec mes yeux j’enveloppe tous les mots de l’autre, oui je sais je comprends je vois et j’ai toutes les réponses à tous tes doutes – je te protège, je te réponds, je joue aux gens la comédie de la sagesse, ils me croient et ça leur fait du bien, ou parfois je reste glacée dans ma compréhension silencieuse et les mots ne me viennent pas, comme avec Constance jeudi dernier. J’en ressors punaisée. Je débouche dans le hall débraillé de la SNCF avec l’impression d’être un gadget.
Compréhension océanique, dit Marie-Jo B. C’est quoi ce délire à la Cousteau ?