blablabla, blablabla, bla,

 Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.

Lyon blablablabla.


et des blablas rouges aussi

(des fois).

 

Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /2006 18:59

200 euros pour finir le mois, bon, on va se mettre aux bols de riz ! M'en fous, moi, j'adore ça les bols de riz (ah ouais avec du kikoman aussi...)

Lundi, au lieu d'acheter, par exemple, un matelas deux places, un aspirateur, un four à micro-ondes pour ma nouvelle maison, j'ai acheté un lecteur de mp3. Trop beau, bleu, avec tout plein de musique dedans, qui fait bouger la tête - Arsenik, Sinik, Lunatic, NTM, le bonheur en capuche sur mon chemin.

Ce midi, j'ai quitté le boulot à midi trente. Ouais. Comme ça. Marre quoi, pas envie. Et à la place, je suis allée m'acheter des bottes. Magnifiques : noires, toutes lisses, qui remontent jusqu'en dessous du genoux. Je ne les quitte plus. (Ca me donne envie de jouer de la cravache, et aussi du kung fu.)

200 euros pour finir le mois, va peut-être falloir réguler le rythme de mes orgies à base de yaourts aux fruits de luxe ingurgités goulûment les uns après les autres, lors de mes longues nuits d'insomnie...

Hier, ma maman a été ré-hospitalisée. Service psychiatrique, pavillon des Aubépines, le même qu'il y a huit mois. Les mêmes couloirs blancs et sales et la même odeur de misère dans le fumoir gris.

Jadd s'en va demain. Il déménage. Il repart pour Marseille - Marseille, qui fut ma ville, ma patrie, ma terre, et sa mer devant moi comme ma vraie demeure ; il repart, là d'où l'on est venus il y a presque un an maintenant, il repart et cette fois il me laisse là.

Je ne repars pas avec lui.

Pour la première fois.

Depuis six ans.

Et pour la première fois, dans ma vie, dans les 28 ans de ma petite vie de bonhomme, je vais être vraiment seule.

J'ai réalisé cela il y a peu de temps : que jamais, jusqu'à présent, je n'avais été seule comme je m'apprête à l'être, dans cette ville, que j'habiterai à moi-même. Car avant de me lier étroit-fort à Jadd, je n'étais pas encore bien décollée de mon papa, juste pour quelques mois dans mon petit studio hors de sa maison, et encore tellement près, quelques rues, quelques jours à peine, et même pas indépendante financièrement - dans la tête je vous raconte même pas.

A présent je suis décollée. De ma mère, ça fait bien des lustres. De mon père aussi. De mon homme, avec qui j'ai pensé le monde entier et toute ma vie à deux. Je reste à moi-même, à vivre seule verticale ou à peu près.

Je l'ai jamais fait. J'ai un petit peu peur. Ca va aller.

J'ai vu Christophe ce matin. Oui, dans le métro ; avec sa grosse valise noire - des valises il en avait aussi sous les yeux - une vraie tête de déterré, une sale tête franchement. Habillé tout en noir, croque-mort, avec même pas un sourire. Le début, ça a commencé fort ; moi avec mes phrases de mère d'hôpital psychiatrique (ça vous fixe une ambiance), lui avec sa tête à pas être là.

Puis il a bien fallu que l'on fasse avec, puisque j'étais venue le voir, puisque j'avais éteint mon mp3, puisque je m'étais assise à côté de lui. J'ai bien vu qu'il aurait préféré que je lui laisse la possibilité de regarder dans le vide, à côté, le quai, les petites souris, les passants, les conduits d'air. Mais j'ai marché vers lui avec mon quart de sourire coupé à l'eau et je me suis assise à côté de lui.

Je ne lui ai pas fait la bise. Je n'avais pas envie. La bise, des fois, je trouve ça idiot - on embrasse dans le vide, ça fatigue. Il avait un gros sac. Noir. On a fini par causer un peu. On a fini par faire un effort. On a fini par se dérider, juste ce qu'il faut, pas plus.

Il avait vraiment une sale tête.

Et puis je suis arrivée au bureau, et quelques minutes plus tard je recevais un mail, bavard, alambiqué, zélé, comme il sait faire ; je lui ai répondu, et j'ai dit  "tu me raconteras ce que fait ta copine dans la vie, peut-être agent secret c'est pour ça que tu parles tout le temps d'elle", j'ai dit.

Voilà.

Y m'a dit elle est pas agente secrète, elle est assistante sociale, et future psychologue aussi ; ça m'a soulagée ; et la copine s'est installée tranquillement entre nous deux, où elle devra rester désormais.

Il m'a dit "faudra que je passe chercher le dvd" - ça en avait presque des résonnances effrayantes dans ma caisse à tête : passe chercher, mais où mon coco, dans ma maison, chez moi, dans mon donjon perché sous la bruine ? tu vas venir dans mon donjon, répète-moi ça un peu, et moi je serais dedans ?

Il a dit "je pensais aller voir Mala noche la semaine prochaine..." et moi, mauvaise bête, j'ai dû faire "ah", et je l'ai laissé là avec sa proposition pas faite - rires sous cape.

Et je ne suis pas bien fixée sur là où on en est, lui, moi, sans doute elle au milieu, ses yeux noirs et les valises, sa tronche passée sous un cendrier, son incertitude, ses silences, mes mi-sourires, mes mi-cuisses, ses mails, ses films obscurs et moches, les phrases tranchantes de sa police arial, mon envie de le toucher, sa collection de tee-shirts verts, ses marathons, sa copine, sa vie comme du papier à musique, mon obscure, son pas-quoi-dire, mon pas-quoi-dire, mes attentes, mes envies, ses envies, et sa copine qui tricote au milieu.

 

Par Ox - Publié dans : De tout et de rien (et du reste).
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