
blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Petite taupe sort le bout de son museau d'un long gris malade.
Vendredi soir, la peau sous ma couette de pyjama, d'un coup, tout m'est tombé dessus : le poids de mon angoisse, comme un camion, les roues sur le crâne.
D'un coup - non pas vraiment ; quelques heures plus tôt déjà dans le fil de mon frigidaire je l'avais sentie monter, mais sans regarder ; les yeux détournés j'avais tout fait très vite, ne pas vouloir voir ; et le téléphone qui sonne sans décrocher, et les canettes de coca vidées serrées jetées Omer Simpson zyeux bandés ; la semoule blanche engouffrée un bol deux bols trois bols, le téléphone qui sonne, ne pas regarder l'angoisse ne pas voir ne pas savoir.
Et dans le lit, comme il n'y avait plus rien à siffler, Omer femelle s'est retournée et a vu braqués les yeux jaunes de l'angoisse qui la regardait.
D'abord, le mal au ventre. Dur. L'outre pleine. Des pierres partout qui blessent les parois de ma grotte. D'abord, le mal de ventre.
Puis à une heure, le monstre saute à la gorge. Les mots s'y collent, adhèrent comme des punaises : j'ai pas de travail, je trouverai pas de travail, j'aurai pas de sou, pas un centime, je ne veux pas être manager, les mois qui s'enfilent à la vitesse de l'étoile, les postes effrayants, les terres où je ne veux pas poser le pied, les bêtes qui mordent, le loyer à payer, les...
Appeler Jadd. Jadd décroche. Il écoute. Il comprend. Ses mots me calment ; ils trouvent maison ; mes larmes coulent comme le crocodile.
j'ai peur. J'ai tellement peur.
Je m'endors, mouillée.
Trois heures, je me réveille, en suées gelées. Mon pyjama trempé, transpiration grelottante. J'ai froid, et je dégouline de sueur. Les draps collent. Je me lève pour aller faire pipi. J'ai mal au ventre. Et là je sens je sais : l'onnie maladie est venue pendant la nuit - infection urinaire.
Je me recouche dans le noir ; quatre heures je me réveille, je suis sur la brèche : la bête est là pour de vrai, devant moi, j'ai mal partout, j'ai froid. Je tourne la molette de mes deux radiateurs électriques qui soufflent qui crachent; jusqu'à six : à cinq généralement ils manquent déjà d'éclater en mille plumes ; chauffant à gouttes de glace trois centimètres au devant d'eux. Les draps sont froids, la couette est froide, ma peau de serpent perle en bleu ; fournaise au bout de mon ventre en outre : j'ai envie de tout arracher, arracher mes reins mon estomac les intestins et le sexe ; arracher et que ça cesse, cette sensation lancinante qui me mord qui se tord qui frotte sa douleur contre la paroi de ma peau.
J'allume la télé, j'allume la lumière ; j'essaie de m'extirper de la nuit ; je bois, et cette eau froide me fait grelotter tant et plus ; tuer la bête qui m'infecte en la noyant d'eau glacée.
Cinq heures trente. Je brave mes fantômes en me jetant sous la douche comme un vieux paquet de linge sale. Eau brûlante. Plus chaude. Plus chaude. Je ne sais plus si c'est chaud ou froid, ça cingle - mince, je crois que je me suis brûlée le dos.
Je me frotte avec la serviette pour me redonner un peu de vie, c'est rouge, ça fait du bien. Je sens toujours le nid de serpents froids qui m'habite, mais la tête forte me revient ; au bout de la nuit je vais ressortir.
Sept heures trente je craque, j'engouffre le vieil antibiotique sur lequel j'ai remis la main - automédication, mal pharmaceutique - sortez-moi de ce
trou.
Neuf heures, le rose me revient. Epuisée, lessivée. Je vais y arriver.
Samedi entre les couches mille-feuilles de ma couette, mon plaid en seconde peau ; ralenti, tout ralenti, le monde tourne à froid, mais je suis dedans. Les actions peu à peu se réagencent dans le jour. Les heures prennent une cohérence. Je raffermis. Peu à peu.
Samedi soir, le monstre avance la patte ; feutrée.
Mon coeur est serré ; je sais le poids de l'angoisse que j'abrite (au fond, tout au fond, derrière le foie, derrière le coeur, derrière le réseau de veines de ma vie).
Combien je préfère l'ennui à la peur. Ca tourne en boucle, très vite, sous mon crâne - l'argent, le loyer, les postes, le manager, les réunions, les compétences, la responsabilité, la feuille de paie.
Hier soir, je l'ai décidé : si je n'ai pas trouvé de poste qui me ressemble un peu dans les bibliothèques au premier juillet 2007, je réintègrerai l'éducation nationale.
La peur du sans-sou est plus forte cette fois - le vide me paralyse, tétanise, congelée comme dans du beurre-glaçon, je peux pas ; affronter le sans-ressources, je peux pas.
Hier soir j'ai décidé.