
blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Ce bout de texte figure déjà caché quelque part sur mon blog, je l'ai écrit il y a longtemps, mais je le poste à nouveau, car il me plaît :-)
(ouh la narcisseuse)
"Je rigole (orangé) quand je lis « Le jour des règles vient naturellement, sans effort sinon sans douleur, et voilà la petite fille déclarée femme pour toujours. » Madame Badinter, comme des milliers de jeunes filles et femmes en France en 2005, je n’ai jamais eu mes règles sinon de façon non « naturelle ». Que de douleurs, de prise de tête, d’angoisses, de nuits à pas dormir… Je suis là pour prouver s’il en était besoin qu’avoir ses règles n’est pas un fait de nature, ou plutôt qu’avoir ses règles ne dit rien en soi, n’a pas de signification en soi tant que les hommes ne se saisissent pas de ce fait. Il n’est aucun fait naturel, chez l’homme, qui ne soit profondément informé par la culture (de même qu’une paire de couilles n’a pas de signification en soi, que deux chromosomes sexuels n’ont pas de signification en soi).
Les chercheurs culturalistes ont beaucoup contribué à éliminer les confusions entre ce qui relève de la nature (chez l’homme) et ce qui relève de la culture. Ils ont été très attentifs aux phénomènes d’incorporation de la culture, au sens propre du terme, montrant que le corps lui-même est travaillé par la culture. La culture, expliquaient-ils, « interprète » la nature et la transforme. Même les fonctions vitales sont « informées » par la culture : manger, dormir, copuler, accoucher, mais aussi déféquer, uriner, et encore marcher, courir, nager, etc. Toutes ces pratiques du corps, absolument, semble-t-il, naturelles, sont profondément déterminées par chaque culture particulière, ce que Marcel Mauss, de son côté, démontrera en 1936 dans son étude sur les « techniques du corps » : on ne s’assoit pas, on ne se couche pas, on ne marche pas de la même manière d’une culture à une autre. Chez l’être humain, on ne peut observer la nature que transformée par la culture. » (La Notion de culture dans les sciences sociales, Denys Cuche, p.42.)
C’est parce que ce fait nu – « avoir ses règles » – est investi d’une signification (culturelle / sociale), et d’une signification très forte, que peut-être je n’ai pas eu mes règles, qu’en tout cas cela a provoqué tant de souffrances en moi (car cela n’est pas, dans notre civilisation, anodin : c’est la marque symbolique de l’être-femme).
E.B. inverse tout simplement la chaîne logique : dans notre civilisation, la catégorie femme est pensée en lien avec la nature et la biologie, et en particulier en rapport avec la maternité : la femme est d’abord et avant tout une matrice et une machine de reproduction. Pour cette raison, le fait d’avoir ses règles – signe extérieur que la personne devient fertile, peut enfanter – se voit investi d’une signification puissante : avoir ses premières règles c’est devenir une femme (dans le système culturel qui est le nôtre). (Une jeune fille qui n’aura pas ses règles sera donc fortement déstabilisée.)
Ce que E.B. déboîte en : nous savons, nous constatons, c’est un fait que (point de départ) : avoir ses premières règles c’est devenir une femme. Par conséquent, devenir une femme est facile et vient naturellement.
Problème : ne voulant manifestement pas réaliser cet effort, estimé trop important et trop douloureux, d’ « accepter d’être une femme » (version féminine du « se dresser en homme »), je n’ai pas vu venir mes premières règles (ni mes secondes, ni mes troisièmes, ni mes…) Où l’on constate qu’être ou devenir une femme, c’est nécessairement bien plus qu’avoir du sang dans la culotte tous les 28 jours, bien plus qu’être un ventre qui peut enfanter. Etre une femme ou devenir une femme, c’est être étiquetée et socialement repérée comme femme et se voir assigner une identité de sexe féminine (identité globale, aux contours certes plus larges qu’une patte d’arachnide, mais pas plus qu’un dos de crocodile).
Je n’ai sans doute pas eu très envie de devenir cette proie sans cesse offerte aux dents des loups de petits chaperons rouges, offerte aux insultes des passants munis de paires de couilles, offerte aux avances de tout ceux à qui il plairait de me titiller. D’être ce trésor fragile toujours un peu plus faible que cette autre moitié de l’humanité. D’être cette créature à laquelle il est en permanence commandé de prendre soin d’elle, de se mettre en valeur, de se mettre en vitrine – mais pas trop, périlleux équilibre sur le fil duquel se tenir, pour ne pas être fracassé contre le mur de celles qui allument –mortel péché. D’être ce corps qui doit sourire mais pas trop, se laisser regarder mais ne pas regarder, se laisser admirer mais ne pas aguicher, être élégante mais ne pas s’abandonner, plaire mais ne pas coucher, accepter les avances pour coucher mais ne pas coucher, décorer le paysage de sa présence affriolante mais ne pas provoquer – baisser les yeux.
J’aurais voulu être ce héros impersonnel qui incarne l’Humanité dans son entier et qui est toujours un mâle, j’aurais voulu être ce cas général et non point cet exemple particulier, j’aurais voulu avoir la voiture et la femme (et qui, en fait, profondément, ne le voudrait pas ? On m’a laissé le temps d’un éclair d’entrapercevoir la grosse voiture 55 cheveux et la belle brune douce au sourire rouge et tendre : j’avais vu, c’était trop tard, moi aussi je voulais ça, je voulais pareil que les autres, là.)
Certes, ne pas avoir mes premières règles ne m’a nullement épargné tout cela. C’était néanmoins une manière d’affirmer le robuste poing que je comptais mettre dans la gueule à la féminité ; le puissant coup de hanche par lequel je me décalais, je m’écartais, je crachais (dans ma soupe) ; le canard dans la symphonie de la féminitude. Une révolte somatique bien contre-productive, et que 80% de mon être aurait préféré éviter – et préfère encore.
Etre une femme, ce n’est nullement avoir des règles. Etre une femme c’est être socialement repéré et identifié comme femme dans ses interactions avec autrui.
De quoi il ressort, avec une évidence aveuglante, que je suis bien une femme."