
blablabla, blablabla, bla,
Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.
Lyon blablablabla.

et des blablas rouges aussi
(des fois).
Ils m'ont rappelée, à XXX. J'ai filtré l'appel et ça m'a fait une bien belle jambe, puisque j'ai récolté un message et qu'il a bien fallu que je rappelle. Que je prenne mon angoisse à mon cou, à défaut de mon courage, et que je compose le numéro. Je déteste le téléphone, je déteste ces moments, j'ai la voix qui tremble et la main avec. Le coeur qui bat dans le ventre. Finalement, ils voulaient me voir. A croire que je les avais convaincus, à force de râler, à coup d'un mail déplaisant. Moi, j'avais décidé dès l'abord que c'était non. Non, merde, marre, plus rien avoir affaire avec cette ville, et les gens dedans.
Mais cette angoisse. Cet état dans lequel un coup de fil à passer me met. Avant, et pire encore après.
Comme si j'avais commis un acte honteux. Comme si j'étais la lie de la mer, le coeur qui bat dans tous les membres et les organes, dans toutes les cellules du sac qui me sert de corps. Parfois.
J'ai ramené à la pharmacie le petit carton de Lexomil, jamais ouvert. Je n'en ai pas besoin, je supporte ces crises, mais c'est dur ; comme de l'électricité dans tout le corps ; je voudrais me jeter dehors pour courir, mais je peux pas, j'attends C., et puis j'ai peur de dehors - quand je suis dans ces états-là l'extérieur m'est hostile. Je ne sais plus me rassembler et reprendre ma face sociale, ma face exposée, impossible de la recoller dans le fouilli qui me prend entière.
L'impression d'être indigne, en refusant ce CDD. L'impression de me la péter grave, et de façon illégitime, avec mon mail sec sec. L'envie de me terrer sous terre. Disparaître du social. Etre un ver. Tout juste. Et sans numéro de téléphone. J'étais gênée, tellement gênée, et après pire. J'aurais dû dire ceci, j'aurais dû dire cela. Je me répète que je n'ai rien fait de mal, mais je ne peux pas empêcher ce sentiment d'indignité. Comme si je m'étais permise une comédie bien au-dessus de mes moyens. Comme si mon ego avait fait un impudent strip-tease ; comme si on m'avait prise en flagrant délit d'importance. Comme si j'étais une traître. Une mauvaise fille. Comme si j'avais déjoué la confiance. Comme si je ne valais pas la moitié.
J'ai honte ; impossible de comprendre exactement de quoi. Je me répète que cette bonne femme n'en a rien à foutre de ma vie et a bien raison, qu'elle m'aura oubliée ce soir ; je me rends compte que je voudrais qu'elle m'aime bien - je délire totalement.
J'ai honte parce que je passe pour une petite prétentieuse. Qui crache dans la soupe. Qu'on a préparée exprès pour elle. (Les oignons, les croûtons, les petits poireaux... Bon stop les conneries.)