J'écoutais le podcast de la chronique de Cyril Lemieux (éhé lui c'est le chef de mémoire de mon ancien chéri !

j'en connais moi du beau monde.... ) - bref - du 14 avril deyalongtemps (sa chronique, il l'a fait dans La suite dans les idées, sur France Culture, et quand même, c'est pas mal,
je trouve - enfin c'est l'une des chroniques les plus chouettes que je connaisse, car d'habitude je suis pas fan de ces machins-là). Bon.
Il y causait du dernier rapport d'Amnisty International ("France : des policiers au-dessus des lois", publié le 2 avril 2009).
Qui fait mention, entre autres, de cas de "décès jugés suspects" classés sans suite par la justice - ceux par exemple d'Abdelhakim Ajimi et d'Abou Bakari Tandia.
Le premier est mort lors de son transfert au commissariat, après "avoir été maîtrisé" par des policiers à Grasse dans les Alpes maritimes. Deux policiers soupçonnés d'être impliqués dans cette
affaire n'ont pas été mis en examen et continuent de travailler dans la ville.
Pour le second, il est intéressant de lire le résumé des faits (rapporté
ici ) :
"5 décembre 2004, début de soirée
Abou Bakari Tandia, 38 ans, résidant en France depuis 13 ans, d’origine malienne, est interpellé rue du Clôs Lucé à Courbevoie par la Brigade Canine et emmené au commissariat de Courbevoie.
Dans la nuit du 5 au 6 décembre 2004, Abou Bakari Tandia tombe dans le coma dans des circonstances encore troubles à ce jour. Les pompiers l’emmènent d’abord à l’hôpital de la Salpétrière à Paris
pour examen, puis le ramènent à l’hôpital Louis Mourier de Colombes où il est admis en réanimation. Son coma est irréversible. Le procureur de Nanterre Bernard Pagès se déplace dans la nuit et
classe l’affaire sans suite.
L'origine du doute
Plus tard, lors de l'instruction, la famille partie civile prendra connaissance de la version des policiers :
Abou Bakari Tandia se serait volontairement frappé la tête contre le mur dans sa cellule et serait tombé inanimé.
Mais ni les 2 hôpitaux concernés ni le rapport d'autopsie réalisé après le décès de Abou Bakari Tandia n'ont détecté de lésion du crâne. La famille n'a pas non plus constaté de marques visibles
sur la tête ou le visage de la victime lors de la première visite à l'hôpital.
9 décembre 2004
Plus de 48 heures après l’entrée au commissariat de Abou Bakari Tandia, la police prend enfin contact avec Samba Tandia, son frère. 2 membres de sa famille et le représentant du Consul du Mali se
précipitent à l’hôpital de Colombes. Mais 2 policiers de faction devant la porte de la chambre du mourant en interdisent l’accès pendant 24 heures supplémentaires… Situation inhumaine.
Le 10 décembre, la famille peut enfin se rassembler autour d’Abou Bakari Tandia, en état de mort cérébrale. Son corps est encore très gonflé, son thorax présente une plaie ronde non
documentée à ce jour dans les rapports médicaux disponibles. La famille prend des photos.
24 janvier 2005
Abou Bakari s’éteint à l’hôpital. Son corps subit une autopsie, puis son frère le ramène au Mali.
Pendant ce temps, la famille cherche désespérément information et soutien. Au commissariat, à l’hôpital, aucune réponse à ses questions, à son besoin de vérité. Les effets personnels du mort,
arrivé nu à l’hôpital, ne sont pas rendus à la famille. Seulement le silence, du flou, des rumeurs contradictoires. Aucune excuse, aucune aide, aucun conseil ne vient des administrations. La
famille endeuillée endosse tous les frais.
Avril 2005
L’oncle et le frère de Abou Bakari Tandia décident alors de prendre un avocat (
Maître Samba Ba) pour déposer plainte et se constituer partie civile. Motif de la plainte : «
Torture et
actes de barbarie ayant entrainé la mort ». Puis une association de soutien se constitue à l’initiative des associatifs courbevoisiens qui côtoient le
foyer Soundiata, avec les
proches de Abou Bakari Tandia, ses compagnons du foyer, les associatifs et citoyens émus par ce drame.
30 juin 2005
La juge d’instruction
Madame Cornier instruit le dossier au TGI de Nanterre. Les plaignants apprennent que la vidéo surveillance de la cellule dans laquelle Abou Bakari est tombé dans le
coma était en panne la nuit du drame.
Avril 2007
Le Cabinet d'avocats
Leborgne Saint-Palais reprend l’affaire.
Au TGI de Nanterre,
Madame Duyé a succédé à la première juge d’instruction.
Novembre 2007
Le dossier est confié à
Maître Yassine Bouzrou, du Barreau de Paris. Il reprend le dossier à zéro et met en évidence de nombreuses zones d'ombres. Grâce à ce spécialiste des affaires
pénales, les parties civiles prennent connaissance d'élèments nouveaux : par exemple, que des documents primordiaux du dossier médical manquent à l'appel, et cela malgré les recherches.
Face aux douloureuses absences et imprécisions du dossier, les proches de Abou Bakari Tandia renouvellent leur confiance en la justice."