blablabla, blablabla, bla,

 Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.

Lyon blablablabla.


et des blablas rouges aussi

(des fois).

 

Petite chronique du racisme quotidien.

Samedi 20 mai 2006

Entendu ce matin dans le bus qui m'amenait à Vénissieux (le chauffeur avait mis la radio sur la station RTL) :

"Un Français d'origine turque condamné à la perpétuité pour avoir assassiné sa femme et ses deux filles."

(Cherchez le rapport avec ses origines turques.)

De retour à la maison je cherche sur Google cette information dans la rubrique "actualités", et voilà ce que je trouve :

"STRASBOURG (AP) -- La cour d'assises du Bas-Rhin a condamné vendredi soir à la réclusion criminelle à perpétuité un Français d'origine turque Sevket Savas, 30 ans, reconnu coupable d'avoir brûlé vives son épouse Mursel, 28 ans, et ses deux petites filles Kubra, six ans, et Toubu, quatre ans, dans la forêt du Neuhof à Strasbourg (Bas-Rhin), le 5 fevrier 2002.
En 1993, Sevket Savas
était venu chercher à Sivas en Anatolie sa cousine pour l'épouser. Sa femme, voilée, vivait repliée dans leur petit logement strasbourgeois tandis que lui, au chômage, voyageait beaucoup.
Après le triple assassinat, il avait simulé une agression avant de prétendre qu'il avait eu un différend avec son épouse. En fait, Sevket Savas comptait, selon l'accusation, refaire sa vie autrement. Des voisins
le voyaient souvent en compagnie d'un jeune homme.
Après ses aveux au Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Strasbourg, l'accusé s'était jeté par une fenêtre du deuxième étage, se blessant grièvement. AP "

http://permanent.nouvelobs.com/societe/20060520.FAP7727.html?1003

Toutes les composantes du fantasme sont là :

- évidemment mention de son "origine" étrangère,

- suggestion du mariage forcé ("était venu chercher"),

- la femme, "voilée", vit "repliée",

(On sous-entend même, sur la fin, quoique peu clairement, l'éventuelle homosexualité de l'homme !)

On relie ici quasi explicitement ce crime (affreux, abominable) à la turquitude (et à l'islamude) du criminel.

 

Par Ox
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Mercredi 25 octobre 2006

Avant-hier soir, il y avait au bas mot une demi-douzaine de cars de CRS garés devant le centre commercial de la Part-Dieu. Ambiance. Certains restaient à taper la discut' (et boire des bières ?...) au chaud dans leurs cars, tandis que d'autres patrouillaient tout arnachés, avec leurs matraques, leurs flingues, et leurs gros gilets pare-balles noirs. On passait en baissant les ' zoeils.

Hier, plus de CRS, mais cinq fourgonnettes de la Gendarmerie Nationale. Bleu sombre. Et les gendarmes, avec leurs bottes, leurs blouses, leurs moustaches, qui arpentaient le sourcil haut l'espace entre les arrêts de bus et la porte du centre commercial.

Je pénètre dans le dit centre pour grimper au dernier étage et m'acheter un plan de Grenoble. Postés en haut - et en bas - de tous les escalators, des gars zé des filles en gilets de plastique jaune fluorescent armés de talkies-walkies. L'air un peu plus avenant que les CRS et les gendarmes, les petits bonshommes jaunes ; j'en choisis un - une, je m'approche et je lui demande :

"- Excusez-moi, c'est pour quoi tous les policiers aujourd'hui ?

- C'est rien c'est juste de la prévention."

Ah.

Ca me satisfait bof, comme réponse, alors je reviens à la charge :

"- Pasque déjà hier il y avait les CRS... 

- Ah oui, hier c'était l'Aïd..."

Ah.

Ben oui. Suis-je bête. L'Aïd. Ca mérite bien dix-douze cars de CRS ça, l'Aïd.

Au fait, joyeuses fêtes hein !

Si après ça on me dispute que les Musulmans sont bien les nouvelles classes dangereuses de notre pays qui perd la boule...

Par Ox
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Mercredi 23 avril 2008

Entendu.

Vendredi matin, comme j'accompagnais un animateur dans une classe de CP, accompagnée de miss Stagiaire-19-ans. Les petits machins sont assis à leur table ; l'anim se tient devant le tableau et leur rappelle les consignes. Miss Stagiaire s'adresse à moi en parlant fort - déjà, je trouve ça dérangeant qu'elle parle par dessus la voix de l'anim, alors que les enfants sont cencés écouter dans le calme.
"Ce qui est drôle à Paris, enfin par rapport à chez moi, enfin... tu vois dans mes classes moi ya jamais rien eu que des Français."
(Chez elle : à Pau. Très certainement la totalité des schtroumphs en question étaient tout ce qu'il y a de plus français...)
19 ans, la jeunesse, quoi.
La jeunesse ?

Par Ox
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Mardi 14 avril 2009
Métro ligne 5. On est samedi. Un type assis un strapontin. Je suis debout, je regarde par la vitre, j'ai mon air renfrogné des matins. Monte un groupe de nanas de plein d'âges, on dirait des copines de boulot, qui vont toutes ensemble quelque part -  un air de se rendre à un pique-nique. Une partie s'assoit sur les places 4 - 4, mais yapa de place pour toutes et l'une s'installe sur le strapontin à côté du môssieur.
Station vide-gens. De la place aux 4 - 4. Les copines appellent la femme au strapontin, qu'elle les rejoigne. Comme elle n'entend pas tout de suite paumée dans ses pensées qu'elle est sûrement, elles commencent à rigoler et la charrient - comme quoi elle se plaît bien à côté du môssieur strapontin. Elles rient fort.
Le môssieur se joint à la blague. La nana est toute rouge - renfort de chambrages de tous côtés.
La dame se lève et s'assoit derrière avec ses copines, le gars se retourne et file et file refile le coton de la blague - vaguement lourde, mais les copines continuent à rire - début d'une grande histoire d'amour, et patati, et patates...
 "Vous êtes d'origine algérienne ?"
La nana répond pas elle en a marre de la blague ça se voit - mais les copines continuent et ça rigole et ça rigole et puis le gros lourd, comme un cheveu, avec sa soupe, et ses yeux de merlan frit dans son huile :
"J'"aime beaucoup Rachida Dati et Fadela Amara."
Blanc. Les yeux se collent à la vitre.
Mon métro s'arrête.
Par Ox
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Samedi 18 avril 2009
L'autre matin j'ai franchement halluciné - j'aurais avalé de travers, je m'en serais étouffée toute cuite, n'avais-je été en petit short à faire semblant de me bicepser sur une machine mécanique.

C'est mon vice ridicule : être inscrite dans une salle de gym ; j'y vais avec Copine ex-collègue - Goliath - avec son grand coeur et tous ces côtés (et ses milieux) qui la font ressembler à un ouragan vivant ; d'habitude je fais du vélo-qui-n'avance-pas, du tapis-de-course-qui-n'avance-pas ; je vais aussi avec Goliath (ça lui va bien) aux cours où on se tire dans tous les sens sous tous les axes comme un chewing-gum (stretching, qu'y appellent ça) - et quand ça me prend, juste pour rigoler, je descends dans la salle aux accessoires, faire semblant de soulever des trucs et des machins en fonte.
Pas trop j'y vais hein, je reste quand même une belle chaussette molle.
Mais des fois - pour papoter quoi, comme toute Ox qui se respecte. Raconter ma vie. (Ecouter les flots de Copine aussi. Des flots qu'on sait pas trop comment endiguer parfois. Alors on n'endigue pas.)

Et là, l'autre matin, j'étais sur le petit caroussel où on fait semblant de se muscler le dedans de ses cuisses de batraciens. A ma droite, une dame. A ma gauche, une dame. Entre 45 et 55 ans, toutes les deux ; l'une blonde péroxydée, le visage enduit de sa couche de fond de teint bien coriace - le genre que j'aurais pas trop envie, a priori comme ça à vue de nez, que ça soit ma copine - mais faut pas préjuger - l'autre une tête à être ma gentille tante, ma collègue à la cool, une bonne tête sympa, sous ses cheveux coupés courts.

La salle était pleine de gens, assis, debouts, comme elles et comme moi, vaquant à leurs absurdités organiques.
Un silence habité par le petit grincement huileux des machines et la respiration de deux trois messieurs Propres qui se la jouaient Popeye.
Quand je me suis assise sur le siège noir les deux susdites étaient en train de papoter - des connaissances de club de gym, il m'a semblé, pas à proprement parler des copines. J'arrive au milieu de la conversation. Elles parlaient comme on parle météo - "quel mois d'avril pourri, tout de même, j'espère que l'été sera mieux" - sauf qu'elles parlaient pas météo - je m'assois (la tête enfarinée) et j'entends -
"l'autre jour quand je suis montée dans le RER on pouvait nous compter" -

C'est étrange, parce que cette phrase aurait pu vouloir dire n'importe quoi - alors pourquoi, immédiatement, ai-je pensé qu'elle signifiait ça ? Et en même temps je me disais - "non attends c'est pas dieu possible"

"- ah mais ça c'est terrible à Paris maintenant yen a de plus en plus !
- et à trois heures de l'après-midi en plus, on se demande quand ils travaillent...
- et ça se reproduit ça se reproduit...
- bah ça avec les allocations ils peuvent y aller !
- mais bientôt yaura plus que ça..."

On n'entendait qu'elles, dans toute la salle, avec moi au milieu ; j'ouvrais des yeux comme des soucoupes, j'ai cherché le regard d'autres personnes, autour, juste histoire de partager mon sentiment d'aberration, je savais pas si je devais parler, dire quelque chose ; au bout d'un moment je me suis levée et je suis juste allée trouver Goliath là haut - Rayé m'a dit que j'aurais dû leur dire, un truc, n'importe quoi, genre - ce que vous dites tombe sous le coup de la loi incitation à la haine raciale et si vous continuez...

Je sais qu'il y a des gens racistes en France hein, d'un racisme bien crasse, à la pelle, mais je ne pensais pas qu'on pouvait (encore ?) exprimer comme ça avec tant de désinvolture, dans un lieu public - ou du moins au milieu de plein de gens inconnus - de telles horreurs -

Leurs paroles leur semblent-elles aussi banales et ordinaires, propres à rencontrer l'assentiment mou autour d'elles, qu'elles peuvent les faire entendre comme on parle salades ou quiches aux poireaux ?


Par Ox
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