blablabla, blablabla, bla,

 Marseille, blabla, Rouen blablablabla Paris.

Lyon blablablabla.


et des blablas rouges aussi

(des fois).

 

Cardiaque et lacrymal.

Mercredi 21 septembre 2005

 

Régulièrement, je me suis dit que Jadd devrait être avec quelqu’un d’autre que moi. Une femme sûre d’elle, plus grande, plus posée dans la vie, avec son centre de gravité à l’intérieur d’elle et pas à voleter partout autour de son nez comme un papillon, ni derrière elle tiré en laisse. Une femme qui serait solide. Qui saurait penser par elle-même, qui aurait une pensée qui résiste comme de l’élastoplasme. Qui corps qui résisterait, lui aussi. Un corps plus grand et plus musclé que le mien. Une femme qui se tiendrait droite. Qui saurait dire qu’elle est une femme et n’aurait pas envie de mourir de rire en entendant ce nom, de rire de gêne et de « non mais vous devez faire erreur moi je suis juste un dou. » Une femme qui ne serait pas un dou.

Qui se tiendrait à égalité avec lui, parfois front contre front. Une femme qui pourrait l’aider. Qui ne chercherait pas le mode d’emploi quand Jadd ne va pas bien, qui se conduirait naturellement, selon ce qu’elle est, ça viendrait tout seul, elle saurait ce qu’il faut faire. Elle serait juste là, présente, mais comme une autre personne, entière, à côté de lui. Pas comme une girouette ou une bestiole de nuit qui colle à la lumière, pas comme un verre à moitié vide qui cherche à se remplir, qui frémit d’angoisse quand il sent les courants d’air le traverser. Pas comme moi.

Je me dis que je lui rends la vie impossible. Que je l’use jusqu’à la corne. Il me dit parfois que je ne l’aide pas. Que je ne peux pas l’aider. Que je comprends rien. Que je ne comprends même pas où il veut aller. Que je ne peux pas le faire grandir dans sa vie. Que c’est toujours lui qui doit me porter. Je bafouille pardon. Oui c’est vrai, décidément je suis trop pourrie. Faudrait que je me trouve un mec pourri. Ou plutôt que je reste seule, je préfèrerai s’il vous plaît si c’est possible… Je veux pas déranger.
Comment faire pour accepter qu’on prend de la place et qu’on a le droit de la prendre ? A pas vouloir prendre de place, j’en prends trois fois plus que tout le monde. Je me dis que je ne vaux rien, et je passe ma vie à regarder le nombril du rien ; je dis que je ne mérite pas d’attention et j’accapare l’attention de tous ; je guérois, contre le monde, de l’intérieur et de l’extérieur ; mes angoisses me donnent des coups de becs, j’expédie le poil à gratter sur le dos du monde, je contre-dis, je réplique, je boude, je fais la gueule, je ris pas, je blesse, et je m’en vais - triste.

 

Par Ox
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Dimanche 21 mai 2006


L’autre nuit j’ai rêvé qu’il voulait me forcer à me laver le visage avec du Cif. Qu’est-ce que ce rêve complètement ravagé et tordu ? Pourquoi ?
Je revois la substance blanche épaisse acide, qui pue le citron corrosif à plein nez.
Je m’apprête à écrire « dans la grande bouteille jaune debout », et là, un certain sentiment de ridicule suspend ma main au-dessus du clavier. Mon Dieu, que suis-je en train d’écrire, quelle grotesque parodie freudienne resservie froid ?
J’ai déjà raconté ce rêve par trois fois, à trois personnes différentes, depuis que je l’ai rêvé, mais jamais avec ces mots-là qui remuent leurs culs de mots avec tant d’indécence. (On dirait la courge France Gall entonnant à pleins poumons de son sourire candide la chanson des sucettes : « Annie aime les sucettes, les sucettes à l’anis… »)
Ainsi donc j’ai rêvé qu’il cherchait à me faire du mal – et me faire du mal sous un certain angle, du fait d’un certain aspect de sa personnalité. :-)


L’appartement ressemblait à celui de la Grand Mare, une cuisine un couloir, au sol une moquette sale marron sombre – et dans la cuisine, assise, qui épluchait des patates, Mathilde, en personnage secondaire.
Elle épluchait des patates sales, pleines de terre, et molles parce que trop vieillies.
Je voulais m’enfuir, j’étais en colère, je n’avais pas peur, mais j’étais tendue de partout, j’avais décidé de dire non ; il se met en travers de mon chemin dans le couloir, il me coince contre le mur – et je me débats. Il veut tenir mes bras mais je lutte. Il ne peut pas les retenir.
Et j’ai envie de crier à Mathilde, qui est toujours dans sa cuisine assise devant ses patates terreuses : « Mais comment tu peux accepter une chose pareille ? Comment ça peut te sembler normal ? » - et je ne sais pas trop de quoi je parle à ce moment-là.
Je me réveille.
Je ne me sens pas bien.
Et toute la journée, cette journée-là puis les journées d’après, je vais me demander :
Mais pourquoi est-ce que j’ai rêvé de cela ?


J’ai peur, très peur d’être en train de partir dans ma tête, que le train soit déjà sur les rails, à gronder, qu’on ne puisse plus le rattraper, j’ai terriblement peur de partir, et j’ai peur d’être déjà partie.

 

Par Ox
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Lundi 22 mai 2006


Je fais des choses de mal.
Ca me met en panique.
Ca me stresse tous les muscles de l’échine du dos.
Parfois même j’en ai les doigts qui tremblent, depuis leurs articulations rouges.
Je me regarde faire de loin, puis le soir, je me dis : « c’est toi qui a fait ça ? »
Mais qu’est-ce que je fais au juste, qu’est-ce que je fous ?
J’ai commencé à mentir.
Parce qu’il pleuvait.
J’ai su au premier moment où j’éteignais mon téléphone que je descendais une marche – vers là où on fait du mal aux gens.
Quand je fais silence à l’intérieur de moi je sais que je fais du mal. Je sais que ce n’est pas bien.
                          - je me fais peur.

Je n’ai pas fait grand chose, pourtant – ou si, ou je ne sais pas, je ne sais plus ; tantôt je me dis « je n’ai rien fait de mal, je n’ai encore rien fait », tantôt je prends la mesure de tout ce que j’ai fait, jusqu’ici – loin de pouvoir se défaire, se dénouer.
J’ai dit « je vais arrêter. »
Est-ce que je l’ai pensé ? Peut-être.
Je n’ai rien arrêté. J’ai redoublé d’efforts appliqués et de tendresse – à l’intérieur.
Je pourrais dire « je ne peux pas m’empêcher ». Je ne sais pas si ça serait vrai.
Je fais l’aimant comme pour respirer. Et je n’essaie pas de suspendre ça.

« Je fais pas exprès », dit la gamine de sept ans avec son front buté, et elle donne des coups de pieds dans les cailloux.
Je me suis regardée agir de loin, je me suis effarée ; parfois je répète en boucle « mais pourquoi tu fais ça, pourquoi tu fais ça ? » Merde, j’ai eu envie qu’il m’aime, j’ai eu envie qu’il soit là – et c’est pas ma faute si on peut pas aimer des gens sans faire du mal à d’autres.
« C’est pas ma faute » dit la gamine de sept ans, et elle sait qu’au fond c’est bien de sa faute.

Un peu paumée, un peu larguée, ou complètement.
Toutes les choses qu’elle n’a pas dites, les phrases qu’elle n’a pas prononcées, les évitements, les fuites en avant. Les sourires nerveux et les pensées mouillées. Toute la comédie qu’elle joue.

Parfois je me dis que je veux juste des choses toutes simples – est-ce que c’est vrai, ça ?
Par exemple… l’embrasser sur les yeux, toucher la peau de ses bras, sourire de très très près, et savoir si le visage change quand on le regarde de si près.

J’ai l’impression d’être terriblement mauvaise. Méchante.
Je suis une double tête, une dérobade ; mentir ça fait peur, et le pot aux roses : la terreur du pot aux roses. Découvrir le pot aux roses. Et se liquéfier dans un océan de larmes.
Je dirais pardon et je ne penserai plus, je ne serai plus qu’une flaque bleue, reniflante, épongée sous ses kleenex, parmi ses douzaines de sopalins froissés, répandus aux quatre coins du lino comme des papillons tristes.


Par Ox
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Mercredi 24 mai 2006

Perdue.

Ou devrais-je dire "ravagée" ?

Noyée.

Une minute après l'autre, je continue à être là.

Oui pourtant je suis toujours là, une tête, deux jambes.

Le reste.

Je suis toujours dans le monde, et j'ai quitté Jadd.

Je l'ai quitté.

J'ai rompu.

J'ai dit : "Je veux qu'on se sépare."

J'ai cru que j'allais m'étouffer dans les larmes qui sont montées en cru de bas en haut de tout moi.

Je ne suis plus qu'une soupe.

Douloureuse, étranglée.

Je m'étonne d'être encore dans le monde, quart d'heure après quart d'heure.

Il a dit : "Elle et moi on se sépare."

"Je viendrai seul demain."

Seul.

Seule.

Perdue.

Ou devrais-je dire "ravagée" ?

Par Ox
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Jeudi 25 mai 2006

Les volets sont fermés. Je ne veux pas savoir ce qui se passe dehors. Je suis dans ma bulle noire. Les halogènes produisent leurs faibles ronds de lumière jaune. De temps à autre, je me remets à pleurer - alors je me penche et je ramasse un vieux sopalin par terre, il y en a partout, dans tout l'appartement, en boules blanches. Je traîne mes pieds nus tout sales sur le lino et la moquette, je ne vais pas me laver, pas m'habiller aujourd'hui, et pas demain - peut-être après-demain - je ne sais pas. On n'entend rien. Je descends de la mezzanine et je vais faire pipi. Je remonte. Je redescends. Je bois de l'eau. Je me lave les mains. Je m'assois. Je me relève.

Je vis quoi, je passe le temps.

J'enlève ma montre et je la remets.

Je n'ai pas mangé ce midi. Je m'en fous. Je n'ai pas faim. J'ai envie de vomir. Ce matin j'ai mangé du chocolat, plein de chocolat - plein de chocolat.

Je ne sais pas si je vais me coucher ce soir.

Parfois je pense, mais la plupart du temps il n'y a rien : rien que du brouillard, et ma tête à l'intérieur ; rien que le vide de l'appartement, moi dans ma chemise de nuit, et ma tête dans les limbes des sopalins mouillés. Ca va s'en aller, la douleur va s'en aller, c'est comme de se tordre la cheville - ça finit toujours par partir.

Son bureau. Ses CDs. Son écriture. Son relevé de compte bancaire. Son nom. Ses chaussures. Ses livres. Sa thèse. Son peigne. Sa mousse à raser.

Si tu l'as fait, c'est qu'il y a une raison.

Il y a une raison.

Tu as bien fait de faire ça.

Il fallait le faire.

Il faut le faire.

Il faut couper.

Tranche.

Serre les dents.

Arrête de respirer.

Serre les yeux.

Ne regarde pas.

Coupe.

Et dans les moments les plus durs, je revois son visage, rouge, ses yeux infiniment tristes, ses larmes, avec sa voix qui vacille, je le revois, et j'entends :

"Pourquoi tu veux plus de moi ?"

je t'aime

ça veut dire quoi

j'en sais rien

je m'en fous

pardon

je...

 

je ne sais pas.

 

Par Ox
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Vendredi 26 mai 2006

Aujourd'hui, ma vie.

 

 Ca fait mal comme de s'arracher toutes les dents.

 

Par Ox
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Lundi 29 mai 2006

Comme j'en avais assez, de crier dans ma tête

"je le quitte, ça me fout dans des états de détresse pas croyables, je souffre, je l'aime, je ne veux pas, mais je le quitte - et je ne sais même pas pourquoi",

comme j'en avais assez, comme je voulais crier par dessus

"il y a des raisons ! il y a forcément des raisons ! on ne fait pas ça sans raison !",

ce matin, j'ai pris mon clavier à pleines mains, mon cerveau dans un sac plastique pas loin, ma tristesse et les papillons qui papillonnent entre mes larmes dans une éprouvette à côté - et j'ai écrit ça :

 

Liste des raisons pour lesquelles on se sépare.

 ...........................................................

J'en ai trouvé vingt-six.

Vingt-six tessons de bouteilles qui piquent dans mes sandales à moi.

Foutaises...

 

De l'amour. Et ce sentiment de ne pas avoir les moyens d’être « à la hauteur » (de notre histoire).

J’aime ce qu’il est, j’aime tout ce qu’il est.

Mais notre histoire, elle ne tient pas.

Il a accepté que je sois un bonhomme capuche, mais il préfèrerait que je sois autre chose, ou du moins, que je sois parfois autre chose. Je suis autre chose : mais avec lui, j’ai du mal. A laisser aller cette autre, à la faire exister pour de vrai. Et quand je suis cette autre, en société, devant lui, j’ai l’impression de le trahir, de l’oublier, d’être celle-là sans lui, en dehors de lui – car je la suis si peu à la maison, entre nous deux, dans l’intimité.

Je ne lui sers que l’autre – ou les autres : la dure, la chieuse, et le bonhomme capuche.

La petite séductrice en jupe rose avec son sourire myrtille (je la connais celle-là aussi, je sais la faire), elle n’est pas là.

 

Voilà…….

 

 Rouler du cul dans son pantalon serré, avec le débardeur noir collé contre la peau, la peau des épaules au soleil, les pieds dans l'herbe - caricature - oui certainement. Etre cette caricature-là. Les petites coccinelles qui se balladent à côté de la bretelle du soutient-gorge, leurs petites pattes sur le morceau de la peau plus clair, là où c'est tout doux, là où c'est frais ; dans le repli de la peau, passer la main.

Etre cette petite conne-là qui roule du cul.

Toiser.

Affronter le regard des autres.

Pourquoi je pourrais plus le faire sans lui qu'avec ? Est-ce qu'il m'a jamais empêché de faire ça ?

Jamais.

Un truc est bloqué dans ma conscience qu'il faut que je décapsule.

J'y mets les doigts, je tire, ça fait mal, ça fait pleurer.

Je lui fais du mal.

Tenter d'être le plus adulte possible, le plus droit, le plus juste, le plus honnête - ne sont-ce que des mots ?

Tenter de se faire souffrir le moins possible.

Et tout allait de mieux en mieux...

Pas de pire en pire...

C'est vrai. Il a raison.

Et puis...

et puis je m'en vais, petite fourmi voyageuse qui a mal à son baluchon sur le dos ; qui laisse de petites larmes tout le long de la route en cailloux brillants.

N'importe quoi, je ne suis pas une fourmi, et on n'est pas dans Le Vent dans les Saules.... Redescends sur terre, grand truc de 28 balets. Andouille, courge, agrume, abrutie.

Guignol du dimanche qui fait du mal avec ses doutes.

Voilà.

C'est tout.

 

Par Ox
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Mercredi 31 mai 2006

Il me dit :

Il dit que je n'ai rien fait, rien proposé ; que je n'ai pas une fois essayé de nous sauver. Que je n'ai rien fait.

Il dit que j'alterne les moments de n'importe quoi.

que je n'ai fait aucun effort, que je n'ai eu aucun égard, que je n'ai rien tenté, rien imaginé, il dit que je n'ai pas cherché de solution, que je me suis juste mise là, sur le rebord de la fenêtre, à attendre que quelqu'un vienne me chercher.

Je ne lui ai fait que du mal.

Le sentiment que je ne lui ai fait que du mal.

Pendant toutes ces années, j'étais tellement préoccupée par le fait de ne pas le vexer, de le pas le fâcher, de le brosser dans le sens du poil, sans véritablement penser à lui, à ce qu'il était - en ayant peur tout le temps, peur de ses réactions, peur de faire une connerie, peur de n'être pas à la hauteur - je n'étais pas à la hauteur, ça c'était un fait, une donnée. Ne pas provoquer de conflit, ne pas le vexer. Faire qu'il m'aime. En faisant tout le contraire de ce qu'il aurait fallu, si besoin... En n'étant pas moi-même, en ne tenant pas debout, en ne parlant pas en mon nom, en ne réfléchissant pas. En tremblant. En disant "je suis désolée", "tu as raison" ; ou "quoi?..." d'une toute petite voix.

Est-ce qu'il a voulu cela ? Jamais de la vie. Il a voulu, appelé de ses voeux tout le contraire.

Il aurait voulu que je sois autre chose et que je le fasse être autre chose.

Toutes ces années, j'ai tremblé pour qu'il m'aime ; et là, aujourd'hui, je dois être là, tenir debout, en lui assénant ce coup : je dois lui faire tout ce mal en restant là, immobile, froide, parce que je n'ai plus le droit de faire autre chose. Je dois être là et supporter qu'il me déteste, parce que c'est le prix à payer pour ce mal que je lui fais.

Je dois jeter toutes mes petites attentions inutiles par la fenêtre, ces attentions que je déployais pour qu'il m'aime, et qui ne servaient à rien - parce que je ne faisais pas l'essentiel, la seule chose qui aurait compté, qui nous aurait sauvés : me tenir droite, et penser véritablement à lui - à lui, vraiment à lui, et pas à lui dans ce qu'il pensait de moi, lui dans ce qu'il m'aimait, lui dans les pensées rassurantes ou angoissantes qu'il avait pour moi.

Une égoïste, je ne suis qu'une égoïste. Penchée sur son petit mal-être. Qui caresse ses blessures surannées.

Je n'ai pas su être autre chose.

Dans les discussions, dans les engueulades, j'avais peur ; à l'affût, des silences, des phrases suspendues - une terrible appréhension des blancs - et est-ce que j'allais trouver quoi dire après le blanc ? Cette tension, de tous mes muscles, les tendons de mon esprit, tous les poils de mon esprit dressés.

La reconnaissance, comme la truffe mouillée d'un chien.

Pourquoi, pourquoi je n'ai pas pu me sortir de là ?

Pourquoi je dois en passer par toute cette douleur, que je m'inflige, mais surtout que je lui inflige, à lui ?

Il n'est pas l'heure pour les questions. Trop tard, dépassé. Y penser avant.

Tout le poids de ma culpabilité à porter.

Ce matin mes yeux tout chauds comme des oeufs à la coque, des larmes dedans.

 

Une dernière fois, encore une fois, je voudrais dire pardon, le plus gros pardon pour la plus grosse des douleurs ; mais je sais bien que ça ne sert à rien et que c'est même grotesque. Tais-toi. Assume au moins cette culpabilité là.

On ne peut pas à la fois faire du mal, et vouloir être aimée, sauvée et pardonnée dans ce mal - en balançant la batte de base-ball.

Donc je me tais. Je ne te demande pas pardon.

Et je n'ajoute pas que je t'aime, parce que je comprends que c'est n'importe quoi - je me tais - tais-toi.

 

Par Ox
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Jeudi 1 juin 2006

J'apprends quelque chose : n'être la personne la plus importante pour personne.

Aujourd'hui, froid de lézard sur ma peau vitreuse.

Lui - ses mains sont rouges et osseuses.

 

Des frissons, et j'ai pensé qu'un fantôme m'habitait le corps et jouait à se superposer , dessus dessous dessus comme du papier calque, glissement froid par devant ma peau, un instant ça m'a fait sourire et je me suis sentie moins seule (comme quand j'étais enfant, toute petite, seule aussi, et je lui aurais donné un nom - Kotchac le fantôme) - et j'aurais ri.

Puis le son est revenu et j'étais toujours là, dans cette pièce aqueuse, au milieu de ces autres, à parler BnF et toutes ces conneries dont j'avais tellement rien à foutre. Je devais rester là, croiser les jambes décroiser les jambes, toucher la peau glacée de mes doigts et fixer le blanc de la table lisse.

Ils parlaient.

Multimédia, matériel informatique, stratégie de la direction, saisie d'inventaires, numéro de commande.

Ils parlaient.

Mes larmes fixaient le bout de la porte par où j'aurais pu fuir.

J'aurais dit : "Excusez-moi."

L'air contrit les aurait pris.

Ils auraient dit : "Elle ne va pas très bien en ce moment, elle a des soucis - des soucis personnels."

J'aurais traversé toute la salle de la bibliothèque.

J'aurais peut-être commencé à pleurer avec un visage rouge.

J'aurais ouvert la porte des toilettes pour dames.

Je me serais vue dans le moiroir au-dessus des lavabos et j'aurais plongé mon regard de soeur dans la soeur d'en face malheureuse.

Ca se serait liquifié en flaque blanche un peu tremblante tout autour des paupières.

Mes larmes fixaient le bout de la porte par où j'aurais pu fuir.

Je suis restée là, sous ma peau de lézard vitreuse, le sang gelé dans le blanc des yeux.

Je suis restée là, et ils parlaient.

Je croisais mes doigts par petits paquets.

Lui - ses mains rouges et noueuses, ses articulations blanches, la peau que j'aimerais toucher.

Ses yeux qui me fuient chaque fois que je les trouve.

Son air de regarder ailleurs.

Lui, un puits.

Je suis rentrée, j'ai marché, le vent soufflait, j'avais tellement froid.

J'apprends quelque chose : n'être la personne la plus importante pour personne.

 

Par Ox
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Samedi 3 juin 2006
Une chose, que Jadd m'a dite, à propos de moi, de lui, et de l'autre - il voulait me convaincre que je n'avais rien fait de si mal :

"t'as tout dit, t'as rien fait, et t'as tout perdu."

Il n'avait pas tort.
Par Ox
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