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Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.

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Avant-dernier épisode : art salé (10)

Vendredi 12 juin.

Ca faisait un moment que Rayé m'en parlait : le musée de l'Orient, son seul nom lui mettait des étoiles dans les yeux. (Rayé, il est du genre oriental plutôt : rayures de l'époque Ming, un peu.) On l'avait vu de loin chaque fois qu'on avait pris le train à Cais de Sodre : nos wagons verts passaient juste devant. Allez, c'est décidé, on y va aujourd'hui.
On hésite : train ou petits pieds ? On médite de longue minutes le nez sur le plan de la ville, puis on se décide pour nos pieds (toujours ce goût de l'aventure...)

Et voilà-ti pas que sur notre chemin on tombe, par un hasard tout à fait fortuit, nez à nez avec cet autre musée : le museu nacional de arte antiga. Tiens donc. [A ce point de mon récit, il me faut mentionner un autre élément, indispensable à l'entière compréhension de la situation : à ce moment m il se trouve que Rayé avait diablement envie de faire pipi - ça arrive même aux meilleurs.] Moi : il se peut que ce musée recèle de pures merveilles d'art médiéval ! Lui : il se peut que ce musée recèle des toilettes ouvertes au public ! Le guide du routard 2008 confirma l'une et l'autre de nos supputations - et nous voilà donc embarqués.

J'aime mieux vous dire qu'on ne fut pas déçus.
[ Les toilettes, bon, les toilettes étaient des toilettes, mais... ]
Le musée ! Pour moi le plus beau du voyage. Plein les mirettes. Un délice. J'ai adoré.
Et puis pas un chat. Des pièces et des pièces à n'en plus finir, vastes, remplies de merveilles.
A l'étage des oeuvres chinoises et japonaises (quelques indiennes) ; en dessous des peintres européens du XVe au XIXe siècles. Moi j'y connais rien ; mais ce que je préfère, ce sont les peintures des XVe et XVIe siècles. Ca me rend baba.
Notre préféré : la Tentation de Saint-Antoine de Hieronymus Bosh. (On est resté longtemps devant.)



On fait dinette dans la touffeur tropicale du petit square devant le musée, puis on se remet en chemin, avec nos pieds ; on décide d'aller près de la mer, et pour cela de rejoindre la gare d'Alcantara. Ce fut l'occasion d'une grande expérience : marcher sur un trottoir de 20 cm à côté d'une 4 voies par 34°, je sais pas si vous avez déjà fait, mais ce fut une sorte de pitch de notre voyage - un grand moment.
On réussit à rester en vie et on débarque à Oeiras : plage plus populaire qu'Estoril d'après le routard. Et on découvre... la Grande Motte pendant le we du 15 août : ya tellement de monde sur cette plage qu'on ne voit plus le sable. Décatis, on remonte dans le train pour gagner Estoril, et on découvre... la Baule à Pâques ? Jusqu'à ce qu'une diode s'allume dans nos cerveaux respectifs : c'est jour de fête aujourd'hui au Portugal, c'est férié...

On fait trempette tout de même, on lit (Rayé est plongé dans les Frères Karamazov ; moi je relis Alice in Wonderland).

Et puis le soir : gros délire dans Liboa. C'est la fête de Saint Antoine - saint patron de l'Alfama, et par extension de toute la ville. On avait mis une croix sur nos agendas pour ne pas rater ça - on a été un peu déçus... Des flots de flots de milliards de gens (donc : écrabouillés, embouteillages humains en veux-tu en voilà), boîtedeconservés pour regarder passer une parade un peu toute moche : des gens déguisés qui dansent avec des décors cartons pâtes dans le style d'Interville. (Evidemment ya toujours quinze personnes devant toi et malgré des contorsions acrobatiques tu n'y vois goutte ; sans compter que la parade avançait morceau par morceau avec des gros blancs vides entre chaque grumeau.)

J'ai tenu une petite heure, tout de même, puis j'ai fait les yeux doux à Rayé pour qu'il me ramène à la maison...

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