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Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.

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Je ne veux pas partir.


L’autre nuit j’ai rêvé qu’il voulait me forcer à me laver le visage avec du Cif. Qu’est-ce que ce rêve complètement ravagé et tordu ? Pourquoi ?
Je revois la substance blanche épaisse acide, qui pue le citron corrosif à plein nez.
Je m’apprête à écrire « dans la grande bouteille jaune debout », et là, un certain sentiment de ridicule suspend ma main au-dessus du clavier. Mon Dieu, que suis-je en train d’écrire, quelle grotesque parodie freudienne resservie froid ?
J’ai déjà raconté ce rêve par trois fois, à trois personnes différentes, depuis que je l’ai rêvé, mais jamais avec ces mots-là qui remuent leurs culs de mots avec tant d’indécence. (On dirait la courge France Gall entonnant à pleins poumons de son sourire candide la chanson des sucettes : « Annie aime les sucettes, les sucettes à l’anis… »)
Ainsi donc j’ai rêvé qu’il cherchait à me faire du mal – et me faire du mal sous un certain angle, du fait d’un certain aspect de sa personnalité. :-)


L’appartement ressemblait à celui de la Grand Mare, une cuisine un couloir, au sol une moquette sale marron sombre – et dans la cuisine, assise, qui épluchait des patates, Mathilde, en personnage secondaire.
Elle épluchait des patates sales, pleines de terre, et molles parce que trop vieillies.
Je voulais m’enfuir, j’étais en colère, je n’avais pas peur, mais j’étais tendue de partout, j’avais décidé de dire non ; il se met en travers de mon chemin dans le couloir, il me coince contre le mur – et je me débats. Il veut tenir mes bras mais je lutte. Il ne peut pas les retenir.
Et j’ai envie de crier à Mathilde, qui est toujours dans sa cuisine assise devant ses patates terreuses : « Mais comment tu peux accepter une chose pareille ? Comment ça peut te sembler normal ? » - et je ne sais pas trop de quoi je parle à ce moment-là.
Je me réveille.
Je ne me sens pas bien.
Et toute la journée, cette journée-là puis les journées d’après, je vais me demander :
Mais pourquoi est-ce que j’ai rêvé de cela ?


J’ai peur, très peur d’être en train de partir dans ma tête, que le train soit déjà sur les rails, à gronder, qu’on ne puisse plus le rattraper, j’ai terriblement peur de partir, et j’ai peur d’être déjà partie.

 

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