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Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.

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Ma première nuit dans un désert bleu.

Je me fous sous la fenêtre dans un gros gras rayon de soleil, et je grille. Je mets mon pieds droit juste dessous pour sentir le thermostat calciner. Rouge. Je ferme les yeux, j'attends. Toute molle comme une poupée de chiffon, je ne pense à rien ou pas à grand chose. Bientôt, je me lèverai, je mettrai mon énorme sac de rando sale sur mon dos, j'agripperai à mes hanches les lanières (clic clac), aux pieds mes sandales pleines de cloques, et hop, dans le métro. Vers mon cagibi, sous les persiennes.

Ce soir, dans ma chambre du CROUS, c'est tranche de jambon au menu (délicatement emballée dans un papier allu d'amour). Ce soir, lit une place, avec sommier à lattes, comme les lits de mon enfance. Ce soir, quatre murs pour ma solitude de courage. Ce soir, je pars.

Une semaine, qu'on a dit, une semaine minimum sans se voir, et ça nous mettra un tas de glaçons dans la tête pour y voir plus clair.

J'irai à l'école, tous les matins, et je reviendrai le soir dans ma petite chambre de célibataire blanche ; je mangerai mes tranches de jambon en les découpant longuement en petits confettis roses - pour tuer le temps. Dans mon cagibi, j'ai une grande armoire où j'ai stocké des briques de savon blanc, du shampoings, des mouchoirs et des sacs en plastique. J'ai gonflé quelques ballons de carnaval pour un petit air de fête - un rose, un jaune et un violet. Je les ai laissés par terre dans un coin. Ils se balancent au gré des courants d'air. Au dessus de mon lit j'ai une étagère où j'ai aligné mes jupes et deux pantalons, et dans le tiroir de mon bureau une vingtaine de culottes.

Ce soir, je pars.

Je ne sais pas encore quel effet ça fera, d'avoir la tête vide comme une bouteille d'eau minérale. Je me sentirai en expédition, ou bien seule comme un chat perdu.

Je me sens fatiguée, fatiguée, comme si mon déménagement (un vrai, un costaud, avec des dizaines de cartons lourds comme des pierres), je l'avais fait hier.

Peut-être que j'ai déménagé dans ma tête, et que c'est ça qui me rend si lasse.

Je coule comme du sucre.

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