Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.
Demain, je vais chercher les clés de mon nouveau cagibi tout neuf. Quand je me sens l'esprit fun, je l'appelle mon palace-cagibi quatre étoiles. La vérité, c'est qu'il me fait plus penser à une chambre d'hôpital qu'à la suite nuptiale du Ritz. Hier soir, putain de crise d'angoisse quand j'ai pensé qu'il fallait déménager ce week-end : j'ai téléphoné aux potes fournisseurs de la voiture et des bras pour annuler. Peux pas. Bloquée là pof - coincée sur le trottoir, les pieds dans la glu, incapable de faire un pas de plus (vers la séparation, la vraie, dans la réelle dimension de la vraie vie).
Allez, demain, je vais tout de même chercher les clés et poser un sac (un gros sac de voyage blindé de fringues ; dedans j'y ai mis Narcisse mon nounours de ma naissance, ma robe de chambre rouge (celle que m'avait offerte la mère de Jadd à un noël), et plein de jupes). Pasque Quark, ma grenouille, elle reste ici : je la donne à Jadd. (C'est le symbole de quoi, une grenouille ?...)
Dans mon cagibi, paraît qu'il y a un lit, un bureau, une chaise, et une armoire. Que demander de plus ?
Je vais y arriver, oui, je vais y arriver...
Là-bas, je me sentirai quelqu'un d'autre, comme si j'avais changé de cerveau pour quelques semaines ; et j'essaierai de jouer le jeu.
(Les rouleaux de sopalin, je les emmène aussi ; et les dizaines de pots de riz au lait qui me servent de palliatifs vers le grand large.)