Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.
Jadd n’est pas là ce week-end et je réinvestis son appartement – notre ancien appartement à tous les deux. Des morceaux de vie aux yeux globuleux me lorgnent dans tous les coins de meubles, en tapisserie sur les murs notre amour à tous les deux déplié sucé collé pendant six années. Parfois, je fais comme s’il n’était pas là, je regarde ailleurs ; d’autres je plonge en longues apnées dans ce qui n’est pas encore mon passé. C’est tout près, tout proche, c’est encore là, c’est encore moi. Jadd.
Comme je ne pouvais pas dormir, cette nuit, j’ai sorti de la pyramide de cubes qui a poussé derrière le lit le DVD de Kyo qu’on avait eu gratos au Mac do de Marseille. De la musique pour petits frères et petites sœurs, de la musique que j’aurais écoutée en boucle à 14 ans ; des paroles pas très diaboliques mais que j’ai gardées dans ma tête une partie de la nuit, entre deux et cinq. Il disait « elle fait partie de moi ».
Je me le répète comme une potion dont on ne sait pas avec certitude si elle fait du bien ou du mal – il fait partie de moi.
J’ai laissé tous les volets baissés et je me suis baladée dans ma grotte nue comme un ver.
Je suis une femme préhistorique.
A 3 heures 15, je suis descendue manger des tartelettes Bonne Maman. Dans un trou au milieu de la nuit.
J’ai ressenti, à l’intérieur du ventre, comme il était à moi, comme j’étais à lui, comme c’était évident et immédiat pendant toutes ces années. Comme rien ne restait en suspens. Un fait, une pierre, une donnée de l’existence, Jadd et moi. Dans toutes les villes qu’on a traversées, dans chaque branche de jours.
On a beau dire.