Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.
Je suis comme un vieux disque, un vinyle, noir réglisse, et qui crisse et qui craque comme une coque ; parfois je glisse comme sous l’eau et d’autres je grésille dans ma poêle à grimes. Des frissons de froid qui m’épinglent, là, d’un coup, d’un seul – je suis assise sur le banc de l’amphi, tout est quadrillé, et les mots de celui de devant là-bas tout loin dessous son power point, et les cheveux de celle de devant tout juste sous mon nez, blonds vaporeux qui m’envahissent et qui filandrent - et le gri-gri du silence relatif qui fourmille de mots soufflés – tout ça disparaît aspiré et je me retrouve là, bleue.
D’un coup je suis mal comme un bleu.
Je regarde à gauche à droite avec les paupières plomb, dans le ventre à la place des boyaux tièdes un glaçon qui transpire. D’un coup, je suis au fond d’un puits et mes oreilles rendent l’écho.
Je suis comme un vieux disque qui chante tout petit petit.
Toute la peine qui s’attroupe dessous mes yeux pour y voir clair, mais on n’y voit rien que des montagnes de taies d’oreillers grises ; des tristes en chemises qui ont trop dormi. Je ne sais plus où mettre mes mains, je mets ma grosse tête dedans pour la porter, et les coudes sur le bois ; la tristesse me donne le mal de mer. Alors je lorgne le plafond dur. Comme l’œuf.
Comme l’aimant de Melquiades :
« Il passa de maison en maison, traînant après lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s’en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. »
(Cent ans de Solitude, Gabriel Garcia Marquez, p.1.)
L’aimant c’est mon fantôme, je voudrais quand le mal de mer me prend être ce bloc de fer outre-mangeur et attirer sur ma tête de petit bonhomme tous les amours des gens, leurs regards, leurs sourires, leurs attentions étourdies ; je voudrais toute la tendresse des gens et qu’ils n’y résistent pas.
Je voudrais l’attirer, lui, qu’il se colle, un peu plus près, encore un peu plus près ; je fais des efforts de magnétisme décérébral en concentrant mon œil rond sur un tuyau de plomberie, là, noir, sonore, au dessus de ma tête ; je voudrais qu’il colle son coude – c’est fragile comme le crâne d’un oiseau, et si on souffle dessus ça s’envole – ça fait comme des ronds dans l’eau et ça se reflète dans le creux de mes joues.
Quand le vent souffle un peu là le bleu s’en va, mais on ne peut pas dire non plus que le cerveau revient – le cerveau, globalement, il est parti trop loin, beaucoup trop loin pour ces contrées de singes.
Parfois c’est dommage.