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Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.

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Là, mouillée.

Il me dit :

Il dit que je n'ai rien fait, rien proposé ; que je n'ai pas une fois essayé de nous sauver. Que je n'ai rien fait.

Il dit que j'alterne les moments de n'importe quoi.

que je n'ai fait aucun effort, que je n'ai eu aucun égard, que je n'ai rien tenté, rien imaginé, il dit que je n'ai pas cherché de solution, que je me suis juste mise là, sur le rebord de la fenêtre, à attendre que quelqu'un vienne me chercher.

Je ne lui ai fait que du mal.

Le sentiment que je ne lui ai fait que du mal.

Pendant toutes ces années, j'étais tellement préoccupée par le fait de ne pas le vexer, de le pas le fâcher, de le brosser dans le sens du poil, sans véritablement penser à lui, à ce qu'il était - en ayant peur tout le temps, peur de ses réactions, peur de faire une connerie, peur de n'être pas à la hauteur - je n'étais pas à la hauteur, ça c'était un fait, une donnée. Ne pas provoquer de conflit, ne pas le vexer. Faire qu'il m'aime. En faisant tout le contraire de ce qu'il aurait fallu, si besoin... En n'étant pas moi-même, en ne tenant pas debout, en ne parlant pas en mon nom, en ne réfléchissant pas. En tremblant. En disant "je suis désolée", "tu as raison" ; ou "quoi?..." d'une toute petite voix.

Est-ce qu'il a voulu cela ? Jamais de la vie. Il a voulu, appelé de ses voeux tout le contraire.

Il aurait voulu que je sois autre chose et que je le fasse être autre chose.

Toutes ces années, j'ai tremblé pour qu'il m'aime ; et là, aujourd'hui, je dois être là, tenir debout, en lui assénant ce coup : je dois lui faire tout ce mal en restant là, immobile, froide, parce que je n'ai plus le droit de faire autre chose. Je dois être là et supporter qu'il me déteste, parce que c'est le prix à payer pour ce mal que je lui fais.

Je dois jeter toutes mes petites attentions inutiles par la fenêtre, ces attentions que je déployais pour qu'il m'aime, et qui ne servaient à rien - parce que je ne faisais pas l'essentiel, la seule chose qui aurait compté, qui nous aurait sauvés : me tenir droite, et penser véritablement à lui - à lui, vraiment à lui, et pas à lui dans ce qu'il pensait de moi, lui dans ce qu'il m'aimait, lui dans les pensées rassurantes ou angoissantes qu'il avait pour moi.

Une égoïste, je ne suis qu'une égoïste. Penchée sur son petit mal-être. Qui caresse ses blessures surannées.

Je n'ai pas su être autre chose.

Dans les discussions, dans les engueulades, j'avais peur ; à l'affût, des silences, des phrases suspendues - une terrible appréhension des blancs - et est-ce que j'allais trouver quoi dire après le blanc ? Cette tension, de tous mes muscles, les tendons de mon esprit, tous les poils de mon esprit dressés.

La reconnaissance, comme la truffe mouillée d'un chien.

Pourquoi, pourquoi je n'ai pas pu me sortir de là ?

Pourquoi je dois en passer par toute cette douleur, que je m'inflige, mais surtout que je lui inflige, à lui ?

Il n'est pas l'heure pour les questions. Trop tard, dépassé. Y penser avant.

Tout le poids de ma culpabilité à porter.

Ce matin mes yeux tout chauds comme des oeufs à la coque, des larmes dedans.

 

Une dernière fois, encore une fois, je voudrais dire pardon, le plus gros pardon pour la plus grosse des douleurs ; mais je sais bien que ça ne sert à rien et que c'est même grotesque. Tais-toi. Assume au moins cette culpabilité là.

On ne peut pas à la fois faire du mal, et vouloir être aimée, sauvée et pardonnée dans ce mal - en balançant la batte de base-ball.

Donc je me tais. Je ne te demande pas pardon.

Et je n'ajoute pas que je t'aime, parce que je comprends que c'est n'importe quoi - je me tais - tais-toi.

 

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H
Si tu n'avais pas fait "l'essentiel, la seule chose qui aurait compté" pendant tout ce temps, c'est lui qui t'aurait quitté.Ou alors c'était vraiment le dernier des idiots.
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