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Epicerie à bricoles. Collages en stock, phrases à tiroirs, anecdotes nocturnes et papillons.

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VENTRE !

Je fais des crises rouges de mal de ventre ; ça me réveille la nuit, toutes les nuits, à une heure du matin, puis à trois heures du matin, à quatre heures et demi du matin ; parfois je dois m'arrêter de courir sur mes allées sablées herbées parce que j'ai trop mal, trop mal au ventre ; cet animal à huit têtes qui habite visqueusement l'intérieur de mes hanches, de mes côtes, qui vit sa vie de mollusque noir à m'arracher les viscères par petits morceaux.

J'en ai parlé avec Jadd ce matin. On s'est demandé : qui se cache dans le monstre noir, quel affreux sourire ?

Mon ventre, c'est mon vide intérieur, la plaie qu'on ne peut pas remplir ; que je cherche à remplir pour que ça fasse moins mal, et comme cette nuit je me lève à une heure piteusement en traînant ma chaussettes pour me popoter un grand bol géant de céréales corn flakes jaunes que je renverse ensuite de toutes mes mains malhabiles sur le carrelage de la cuisine - une heure du matin une éponge et du lait collé partout sur les jambes ;

Mon ventre, c'est le fait que je ne suis rien, sans résistance, sans consistance, sans identité, sans récit, sans papier, sans pâte, sans forme ; rien qu'un courant d'air - moi

Mon ventre, c'est l'illusion qui va bientôt sauter à la figure des spectateurs, quand, sans faute, ils vont se rendre compte que ce n'était que papier mâché, qu'il n'y avait rien, personne, juste une poupée qui ne sait pas nager ;

Mon ventre, c'est la féminité sexuée qui me met en danger sur tous les murs, ma maman qui n'a pas voulu de moi-son double avec son vagin ; mon père qui me risquait par ses yeux d'échafaudage ;

Mon ventre, c'est le risque que je prends, c'est la vie que j'engage, mais à reculons, en pleurant,

Mon ventre, c'est les bébés que je n'aurai pas, parce que je suis stérile, parce qu'ils me l'ont dit, c'est ma soeur qui peine, c'est la corde qui tire, c'est ma meilleure amie qui se remplit de la chaleur du bonheur, tandis que j'essaie de combler avec les corn flakes mouillées et le lait renversé.

Peut-être, a-t-on dit avec Jadd, la nourriture ça me désexualise.

J'ai pensé aux horribles cochons qui m'avaient durablement traumatisée sur l'écran, quand je suis allée voir ce documentaire, les porcs comme machines-objets à manipuler avec tact ;

Les truies qu'on insémine, les petits sacs plastiques qui dépassent de la vulve;

Le vérat qui s'excite en grognant sur un morceau de bois et dont l'on vient presser la verge pour recueillir le sperme ;

Envie de vomir, malaise, insupportable :

Non m'a dit Jadd, ce n'est pas le vivant, ce ne sont pas les corps, ce n'est pas la sexualité,

les cochons manipulés comme de la déjà-viande, comme des choses, la prise qu'on a sur les corps, la violence -

c'est comme violer les cochons.

 

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M
Coucou ma belle.<br /> La première fois que j'ai lu ce post, quand tu l'as édité donc , je suis restée scotchée.<br /> Je le suis toujours mais il fallait au moins que je le dise.<br /> D'abord parce que ce que tu dis là, au sujet du ventre, contenu, contenant, passoire ou écluse souffrante, que sa bouche soit celle du haut ou celles du bas, peut être mien, a été mien, ô combien, et l'est peut-être encore ; ensuite parce que tu le dis avec une élégance de langage et une poésie de mots qui renforce... rend force...<br /> Bises<br />
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